Gustave Doré's Inferno: Every Illustration Explained, Circle by Circle

L'Enfer de Dante par Gustave Doré : toutes les gravures expliquées, cercle par cercle

En 1861, un illustrateur strasbourgeois de 29 ans publie un immense in-folio qui va fixer, pour un siècle et demi, la manière dont le monde imagine l'Enfer. Les 75 gravures de Gustave Doré pour l'Enfer de Dante ont donné un visage à Charon, Minos, Géryon et Lucifer, et fait de Paolo et Francesca les amants maudits les plus célèbres de l'histoire de l'art.

Ce guide parcourt les 75 illustrations de L'Enfer par Doré, dans l'ordre, en suivant Dante et Virgile à travers les neuf cercles de l'Enfer : ce que montre chaque planche, quels damnés on y voit, et ce que Doré ajoute que Dante n'a jamais écrit. À lire comme un compagnon de lecture, comme une initiation à l'histoire de l'art, ou tout simplement pour choisir la gravure que vous voulez accrocher chez vous.

Sommaire

Gustave Doré et l'Enfer de 1861

Gustave Doré (1832–1883) est déjà l'illustrateur le plus demandé de Paris lorsqu'il se fixe un objectif démesuré : illustrer les grands chefs-d'œuvre de la littérature mondiale dans une série de grands in-folio uniformes. Dante ouvre la marche. Les éditeurs reculent devant le coût d'un livre aussi luxueux, alors Doré finance lui-même L'Enfer. Publié par Hachette en 1861, il connaît un succès immédiat. Le Purgatoire et Le Paradis suivent en 1868 : la Divine Comédie complète compte 135 planches.

Ces images sont des gravures sur bois de bout. Doré dessine directement sur des blocs de buis, puis une équipe de graveurs de métier (Héliodore Pisan en tête) taille ses lavis et ses traits dans le bois. D'où l'aspect si particulier des planches : des noirs veloutés, des gris argentés, une lumière qui semble venir de nulle part. Doré n'est pas un illustrateur littéral. C'est un metteur en scène. Parois rocheuses immenses, perspectives vertigineuses, foules de corps : il fait sentir au lecteur l'échelle de l'Enfer, ce que le texte ne peut que décrire.

La numérotation ci-dessous suit l'ordre des planches dans le livre, de la forêt obscure du chant I jusqu'aux étoiles du chant XXXIV.

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L'Enfer de Dante en un coup d'œil : les neuf cercles

Dante imagine l'Enfer comme un immense entonnoir creusé sous Jérusalem. Plus on descend, plus les cercles se resserrent et plus les fautes sont graves : d'abord les péchés de faiblesse (l'incontinence), puis la violence, puis la fraude, et enfin la trahison, tout au fond, prise dans la glace autour de Lucifer.

ZoneFauteGardien / figure cléChantsPlanches de Doré
Forêt obscure et départ—Virgile, BéatriceI–II7
Vestibule et AchéronLes neutres, les tièdesCharonIII3
Cercle 1 : LimbesNon-baptisés et païens vertueuxHomèreIV2
Cercle 2LuxureMinosV6
Cercle 3GourmandiseCerbèreVI2
Cercle 4Avarice et prodigalitéPlutusVII2
Cercle 5 : StyxColère et paresse morosePhlégiasVII–VIII3
Cité de Dité—Anges déchus, FuriesVIII–IX3
Cercle 6HérésieFarinataIX–XI3
Cercle 7Violence (contre autrui, soi, Dieu)Minotaure, centaures, Harpies, GéryonXII–XVII10
Cercle 8 : MalebolgeFraude (10 fosses)Démons MalebrancheXVIII–XXX22
Puits des géants—Nemrod, Éphialte, AntéeXXXI3
Cercle 9 : CocyteTrahisonLuciferXXXII–XXXIV7
Sortie——XXXIV2

Un détail en dit long sur les choix de Doré : il laisse plusieurs chants sans aucune planche (XVI, XX et XXVII), mais en consacre six au chant V, celui de Paolo et Francesca, et sept au dernier cercle. Il illustre ce qui le bouleverse, pas simplement ce qui est « important ».

La forêt obscure (chants I–II)

1. La forêt obscure

Gravure de Gustave Doré : Dante seul et égaré dans une forêt sombre et enchevêtrée, L'Enfer, chant I
Planche 1 : Dante égaré dans la forêt obscure (chant I). Gustave Doré, 1861.

« Au milieu du chemin de notre vie, je me retrouvai dans une forêt obscure. » Le plus célèbre incipit de la poésie européenne devient, sous la main de Doré, une cathédrale d'arbres. Dante est minuscule, hésitant, avalé par des troncs qui se referment sur lui comme les voûtes d'une église. La forêt, c'est le péché, la confusion, l'homme mûr qui a perdu sa route. Doré nous le fait sentir avant de nous le faire comprendre.

2. La panthère sur la colline

Gravure de Gustave Doré : Dante sur une pente rocheuse face à une panthère tachetée, L'Enfer, chant I
Planche 2 : la panthère barre la route de Dante (chant I). Gustave Doré, 1861.

Dante tente de gravir une colline ensoleillée, promesse du salut, mais une bête légère au pelage tacheté lui barre le chemin : la lonza, que l'on traduit par panthère ou léopard, symbole traditionnel de la luxure. Doré place l'animal presque à hauteur du poète, gracieux et obstiné. Il n'attaque pas. Il empêche simplement de passer.

3. Le lion et la louve

Gravure de Gustave Doré : Dante repoussé par les bêtes sauvages du chant I, le lion et la louve
Planche 3 : le lion et la louve (chant I). Gustave Doré, 1861.

Deux autres bêtes suivent : un lion à la tête haute, l'orgueil, et une louve décharnée qui semble chargée de toutes les convoitises, l'avidité, la plus redoutable des trois. C'est elle qui repousse finalement Dante vers les ténèbres. Les trois animaux forment la première allégorie du poème : les fautes qui empêchent l'homme de monter seul vers la lumière.

4. L'apparition de Virgile

Gravure de Gustave Doré : l'ombre du poète Virgile apparaît à Dante dans un paysage désolé, L'Enfer, chant I
Planche 4 : l'ombre de Virgile apparaît à Dante (chant I). Gustave Doré, 1861.

Au moment du désespoir, une silhouette surgit : Virgile, le poète de l'Énéide, mort depuis treize siècles. Doré lui donne la couronne de laurier et la longue robe qu'il portera tout au long du livre, et une autorité calme, presque paternelle. Il propose à Dante la seule issue possible : non pas monter tout droit, mais descendre, à travers l'Enfer.

5. Le départ

Gravure de Gustave Doré : Virgile entraîne Dante à travers une étendue rocheuse à la fin du chant I de L'Enfer
Planche 5 : « Alors il se mit en marche, et je le suivis » (chant I). Gustave Doré, 1861.

Le dernier vers du chant I tient en une image simple : le guide marche devant, le disciple suit. Doré en fait un paysage, deux petites silhouettes traversant un désert de pierre. C'est un motif qu'il répétera pendant 70 planches : deux hommes, minuscules, face à quelque chose d'immense.

6. La tombée du jour

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile se mettent en route au crépuscule, L'Enfer, chant II
Planche 6 : « Le jour s'en allait » (chant II). Gustave Doré, 1861.

Le chant II s'ouvre au crépuscule : toutes les créatures vont se reposer, et Dante seul se prépare à une double épreuve, celle du chemin et celle de la pitié. Doré, maître des lumières du soir, laisse le ciel se vider de sa clarté. C'est aussi le chant du doute : Dante se demande si lui, qui n'est ni Énée ni saint Paul, est digne d'un tel voyage.

7. Béatrice envoie Virgile

Gravure de Gustave Doré : Béatrice descend du ciel pour demander à Virgile de secourir Dante, L'Enfer, chant II
Planche 7 : Béatrice apparaît à Virgile dans les Limbes (chant II). Gustave Doré, 1861.

Virgile rassure Dante en lui expliquant pourquoi il est venu : Béatrice, la femme que Dante a aimée et qui est morte jeune, est descendue du Ciel jusqu'aux Limbes pour lui demander de sauver son ami. C'est la seule planche lumineuse de l'ouverture : Doré entoure Béatrice de clarté, comme si une fenêtre s'ouvrait dans le monde souterrain. Tout le voyage naît d'un acte d'amour.

La porte de l'Enfer et l'Achéron (chant III)

8. La porte de l'Enfer

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile devant la porte de l'Enfer et son inscription, L'Enfer, chant III
Planche 8 : « Vous qui entrez, laissez toute espérance » (chant III). Gustave Doré, 1861.

« Par moi l'on va dans la cité des pleurs… » L'inscription gravée au-dessus de la porte se termine par le vers le plus cité de L'Enfer : « Vous qui entrez, laissez toute espérance. » Doré représente la porte comme une bouche béante dans la roche, l'inscription taillée dans la pierre, et Dante agrippé à Virgile. C'est l'une des images les plus reproduites de la série, et la première où l'on sent vraiment l'échelle du lieu.

9. Charon

Gravure de Gustave Doré : Charon, le vieux passeur aux yeux de braise, arrive en barque sur l'Achéron, L'Enfer, chant III
Planche 9 : Charon, le passeur de l'Achéron (chant III). Gustave Doré, 1861.

Un vieillard aux cheveux blancs, les yeux cerclés de flammes, traverse le fleuve noir en criant : « Malheur à vous, âmes perverses ! » Dante emprunte Charon à la mythologie antique et en fait un démon. Doré en fait une force de la nature : bras levé, barbe au vent, dominant une foule d'âmes tremblantes. Avant d'entrer dans l'Enfer proprement dit, Dante a déjà traversé le vestibule des neutres, ces âmes qui n'ont jamais pris parti et dont ni le Ciel ni l'Enfer ne veulent.

10. Les âmes au bord de l'Achéron

Gravure de Gustave Doré : une foule d'âmes damnées nues se jette dans la barque de Charon sur l'Achéron, L'Enfer, chant III
Planche 10 : les damnés se pressent vers la barque de Charon (chant III). Gustave Doré, 1861.

Dante compare les âmes aux feuilles d'automne qui tombent une à une de la branche. Elles maudissent Dieu et leurs parents, et pourtant elles se hâtent de traverser, car la justice divine les aiguillonne jusqu'à changer leur peur en désir. Doré entasse les corps nus sur la rive, une masse qui annonce les grandes scènes de foule des cercles à venir.

Cercle 1 : les Limbes (chant IV)

11. Les Limbes

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile parmi les ombres mélancoliques des Limbes, L'Enfer, chant IV
Planche 11 : les ombres des Limbes (chant IV). Gustave Doré, 1861.

Le premier cercle ne connaît pas de supplice, seulement des soupirs. Ici vivent les enfants morts sans baptême et les hommes et femmes vertueux nés avant le Christ. Leur seule peine est de désirer Dieu sans espoir. C'est la demeure de Virgile lui-même, ce qui explique sa tristesse. Doré emplit la planche d'une foule douce, grise, presque rêvée : le lieu le plus triste de l'Enfer en est aussi le plus paisible.

12. Homère et les grands poètes

Gravure de Gustave Doré : Homère, Horace, Ovide et Lucain accueillent Dante et Virgile dans les Limbes, L'Enfer, chant IV
Planche 12 : Homère, Horace, Ovide et Lucain saluent Dante (chant IV). Gustave Doré, 1861.

Quatre figures majestueuses viennent à la rencontre des voyageurs : Homère, l'épée à la main, suivi d'Horace, d'Ovide et de Lucain. Ils accueillent Dante comme le sixième de leur compagnie, une fierté que le poète s'accorde sans fausse modestie. Plus loin, dans un noble château aux sept murailles, il aperçoit Aristote, Platon, Socrate, Euclide, Avicenne et les héros de Troie et de Rome. Doré compose la scène comme une assemblée de dieux sur une plaine brumeuse.

Cercle 2 : la luxure (chant V)

13. Minos

Gravure de Gustave Doré : Minos, le juge des enfers, enroule sa queue tandis que les âmes se confessent devant lui, L'Enfer, chant V
Planche 13 : Minos, juge des damnés (chant V). Gustave Doré, 1861.

À l'entrée du deuxième cercle siège Minos, le roi légendaire de Crète, dont Dante fait un juge monstrueux. Chaque âme lui avoue tout, et il enroule sa queue autour de son corps autant de fois que le numéro du cercle où elle est condamnée. Doré en fait une figure colossale et impitoyable, dominant la file des âmes nues qui attendent à ses pieds.

14. L'ouragan infernal

Gravure de Gustave Doré : les âmes des luxurieux emportées dans le ciel noir par un tourbillon sans fin, L'Enfer, chant V
Planche 14 : l'ouragan infernal emporte les luxurieux (chant V). Gustave Doré, 1861.

Les luxurieux se sont laissé emporter par la passion de leur vivant. Morts, ils sont emportés pour toujours par un vent qui ne retombe jamais. C'est l'un des châtiments les plus élégants de Dante, et l'une des planches les plus spectaculaires de Doré : une spirale infinie de corps sur un ciel noir, comme des nuées d'étourneaux. L'image a inspiré peintres et cinéastes jusqu'à aujourd'hui.

15. Le cortège des amants

Gravure de Gustave Doré : les amants célèbres de l'Antiquité emportés par le vent dans le deuxième cercle, L'Enfer, chant V
Planche 15 : les amants célèbres portés par le vent (chant V). Gustave Doré, 1861.

Virgile nomme les grandes figures de la tempête : Sémiramis, Didon, Cléopâtre, Hélène, Achille, Pâris, Tristan… plus de mille ombres que l'amour a arrachées à la vie. Dante remarque deux âmes qui volent ensemble et semblent si légères au vent, et demande à leur parler. Virgile lui conseille de les appeler au nom de l'amour qui les emporte.

16. Paolo et Francesca

Gravure de Gustave Doré : Paolo et Francesca da Rimini enlacés, flottant dans le vent infernal, L'Enfer, chant V
Planche 16 : Paolo et Francesca, « Amour nous conduisit à une même mort » (chant V). Gustave Doré, 1861.

Francesca da Rimini, mariée par raison politique à Gianciotto Malatesta, s'est éprise de son jeune frère Paolo. Le mari les a tués tous les deux. Son discours repose sur le célèbre triple « Amour… » : l'amour qui s'empare du cœur noble, l'amour qui n'exempte aucun être aimé d'aimer en retour, l'amour qui « nous conduisit à une même mort ». La planche de Doré, les deux amants enlacés et suspendus dans le vide, est sans doute l'image la plus reproduite de toute la série.

17. Les amants surpris

Gravure de Gustave Doré : Paolo et Francesca lisant ensemble, au moment de leur premier baiser avant leur mort, L'Enfer, chant V
Planche 17 : le livre, le baiser et la vengeance du mari (chant V). Gustave Doré, 1861.

Francesca raconte comment tout a commencé : un jour, seuls, ils lisaient l'histoire de Lancelot et Guenièvre. Au passage du baiser, Paolo l'a embrassée sur la bouche, tout tremblant. Ce jour-là, dit-elle, ils ne lurent pas plus avant. Doré quitte un instant l'Enfer pour montrer la scène sur terre : c'est le seul moyen de montrer ce que Dante tait, l'épée du mari qui met fin à l'histoire.

18. Dante s'évanouit

Gravure de Gustave Doré : Dante s'effondre, évanoui, tandis que Paolo et Francesca sont emportés par le vent, L'Enfer, chant V
Planche 18 : Dante tombe « comme tombe un corps mort » (chant V). Gustave Doré, 1861.

Pendant que Francesca parle, Paolo pleure. Submergé de pitié, Dante perd connaissance et tombe comme tombe un corps mort, le célèbre dernier vers du chant. Six planches pour un seul chant : Doré partageait visiblement la fascination romantique pour ces amants, qui avaient déjà inspiré Ingres, Ary Scheffer et, plus tard, Le Baiser de Rodin.

Cercle 3 : la gourmandise (chant VI)

19. Cerbère

Gravure de Gustave Doré : Cerbère, le chien à trois têtes, déchire les gourmands couchés sous la pluie glacée, L'Enfer, chant VI
Planche 19 : Cerbère, « bête cruelle et monstrueuse » (chant VI). Gustave Doré, 1861.

Les gourmands gisent dans une boue puante, sous une pluie éternelle de grêle, d'eau sale et de neige, pendant que Cerbère, le chien à trois têtes de la mythologie, les griffe et les écorche. Pour passer, Virgile se contente de jeter une poignée de terre dans ses trois gueules béantes. Doré donne au monstre un corps mi-chien mi-démon, surgissant de l'averse.

20. Ciacco

Gravure de Gustave Doré : le gourmand Ciacco se redresse dans la boue pour parler à Dante, L'Enfer, chant VI
Planche 20 : Ciacco prophétise le sort de Florence (chant VI). Gustave Doré, 1861.

L'un des gourmands se redresse : Ciacco (« le pourceau »), un Florentin. Il décrit sa ville comme un sac plein d'envie jusqu'à déborder, et livre la première des prophéties politiques qui traversent L'Enfer : la guerre civile entre les factions florentines. Puis il retombe dans la boue, pour ne plus se relever avant le Jugement dernier.

Cercle 4 : l'avarice (chant VII)

21. Plutus

Gravure de Gustave Doré : Plutus, le démon enflé de la richesse, hurle contre Dante et Virgile, L'Enfer, chant VII
Planche 21 : Plutus, « Pape Satàn, pape Satàn aleppe ! » (chant VII). Gustave Doré, 1861.

Le gardien du quatrième cercle accueille les voyageurs par un cri qui intrigue les commentateurs depuis sept siècles : « Pape Satàn, pape Satàn aleppe ! » Plutus, dieu de la richesse, est ici un démon boursouflé. Un seul mot de Virgile suffit à l'abattre, comme les voiles gonflées par le vent retombent quand le mât se brise.

22. Avares et prodigues

Gravure de Gustave Doré : avares et prodigues poussent d'énormes fardeaux les uns contre les autres, L'Enfer, chant VII
Planche 22 : les avares et les prodigues (chant VII). Gustave Doré, 1861.

Deux foules poussent avec leur poitrine d'énormes poids en sens contraire autour du cercle. Elles se heurtent, s'insultent (« Pourquoi garder ? », « Pourquoi gaspiller ? »), font demi-tour et recommencent. Dante remarque que beaucoup furent des clercs, des papes et des cardinaux. Doré joue sur la mécanique absurde et sans fin du supplice : une machine humaine tournant dans le vide.

Cercle 5 : la colère et le Styx (chants VII–VIII)

23. Les coléreux dans le Styx

Gravure de Gustave Doré : les coléreux se battent et se mordent dans la boue du marais du Styx, L'Enfer, chant VII
Planche 23 : les coléreux dans le marais du Styx (chant VII). Gustave Doré, 1861.

Dans la boue noire du Styx, les coléreux se frappent des mains, de la tête, de la poitrine et des pieds, et se déchirent à coups de dents. Sous la surface, les moroses, ceux qui furent aigris et renfrognés, gargouillent et font des bulles. Les corps de Doré émergent du marais comme dans un tableau de bataille, mais sans aucune cause qui vaille.

24. Phlégias

Gravure de Gustave Doré : le nocher Phlégias fait traverser le Styx à Dante et Virgile vers la cité de Dité, L'Enfer, chant VIII
Planche 24 : Phlégias fait traverser le Styx aux poètes (chant VIII). Gustave Doré, 1861.

Un feu de signal brille au sommet d'une tour, et une barque arrive, rapide comme une flèche : Phlégias, roi mythologique puni pour avoir incendié le temple d'Apollon, fait traverser le marais aux deux poètes. La barque s'enfonce sous le poids de Dante, le seul corps vivant qu'elle ait jamais porté. Au loin, les tours rougeoyantes de la cité de Dité commencent à apparaître.

25. Filippo Argenti

Gravure de Gustave Doré : Filippo Argenti s'agrippe à la barque de Dante et Virgile sur le Styx, L'Enfer, chant VIII
Planche 25 : Filippo Argenti s'accroche à la barque (chant VIII). Gustave Doré, 1861.

Une âme couverte de fange s'agrippe au bord de la barque : Filippo Argenti, chevalier florentin connu pour sa violence, et ennemi personnel de Dante. Pour une fois, le poète n'a aucune pitié et souhaite le voir replongé dans la boue, et Virgile l'approuve. Les autres coléreux se jettent sur Argenti, qui retourne ses dents contre lui-même. C'est l'une des scènes les plus noires du livre, et la plus humaine de Dante.

La cité de Dité (chants VIII–IX)

26. Les portes de Dité

Gravure de Gustave Doré : des anges déchus massés sur les murailles de la cité de Dité refusent l'entrée à Virgile, L'Enfer, chant VIII
Planche 26 : les anges déchus ferment les portes de Dité (chant VIII). Gustave Doré, 1861.

Derrière les murailles de fer de Dité commence le bas Enfer, où sont punis les péchés de malice. Plus de mille anges déchus se pressent sur les remparts et claquent les portes au nez de Virgile. Pour la première fois, le guide est impuissant, et Dante est terrifié. Doré multiplie les silhouettes ailées sur les murs : toute une armée de rebelles.

27. Les trois Furies

Gravure de Gustave Doré : les trois Furies à la chevelure de serpents hurlent au sommet d'une tour de Dité, L'Enfer, chant IX
Planche 27 : les Furies Mégère, Alecto et Tisiphone (chant IX). Gustave Doré, 1861.

Au sommet d'une tour ardente apparaissent les trois Furies, tachées de sang, ceintes d'hydres vertes, des serpents cornus en guise de cheveux. Elles se déchirent la poitrine et appellent Méduse pour changer Dante en pierre. Virgile le fait se retourner et lui couvre les yeux de ses propres mains. Doré joue sur la verticale : trois femmes monstrueuses contre le ciel et, tout en bas, deux petits hommes.

28. Le messager céleste

Gravure de Gustave Doré : un ange traverse le Styx à pied sec pour ouvrir les portes de Dité d'un coup de baguette, L'Enfer, chant IX
Planche 28 : le messager du Ciel ouvre les portes (chant IX). Gustave Doré, 1861.

Dans un fracas de tonnerre, un envoyé du Ciel traverse le Styx sans se mouiller les pieds. Les damnés s'enfuient devant lui comme des grenouilles devant la couleuvre. D'une simple baguette, il ouvre les portes de Dité, admoneste les démons et repart sans un mot pour les voyageurs. Doré, qui adore les contrastes, place une figure de pure lumière au milieu de la planche noire.

Cercle 6 : l'hérésie (chants IX–XI)

29. Les tombeaux ardents

Gravure de Gustave Doré : une vaste plaine de tombeaux ouverts d'où s'élèvent les flammes autour des hérétiques, L'Enfer, chant IX
Planche 29 : le cimetière des hérétiques (chant IX). Gustave Doré, 1861.

À l'intérieur des murs s'étend un immense cimetière de tombeaux ouverts, chauffés au rouge par des flammes. Les hérétiques y sont couchés, regroupés par sectes, et les couvercles seront scellés pour toujours après le Jugement dernier. La perspective de sarcophages qui s'enfoncent jusqu'à l'horizon est l'une des compositions les plus saisissantes de Doré.

30. Farinata

Gravure de Gustave Doré : Farinata degli Uberti se dresse fièrement dans son tombeau en flammes pour parler à Dante, L'Enfer, chant X
Planche 30 : Farinata degli Uberti se dresse dans son tombeau (chant X). Gustave Doré, 1861.

D'un des tombeaux, un homme se dresse jusqu'à la ceinture, comme s'il tenait l'Enfer en grand mépris : Farinata degli Uberti, chef des Gibelins et adversaire de la famille de Dante. Même dans le supplice, il reste fier, et parle politique. Doré saisit cette dignité obstinée, le buste droit d'un chef qui surgit des flammes.

31. Le tombeau du pape Anastase

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile à l'abri derrière le grand tombeau du pape Anastase, L'Enfer, chant XI
Planche 31 : derrière le tombeau du pape Anastase (chant XI). Gustave Doré, 1861.

Pour s'habituer à la puanteur qui monte des profondeurs, les poètes s'arrêtent derrière un grand tombeau portant l'inscription « Je garde le pape Anastase ». Virgile profite de cette pause pour expliquer l'architecture du bas Enfer : violence, fraude, trahison. Pour le lecteur, le chant XI est le plan des lieux. Pour Doré, c'est un moment de silence, deux silhouettes à l'ombre d'un monument.

Cercle 7 : la violence (chants XII–XVII)

Le septième cercle se divise en trois girons : la violence contre autrui (meurtriers et tyrans), contre soi-même (suicidés et dissipateurs) et contre Dieu, la nature et l'art (blasphémateurs, sodomites et usuriers, selon la classification de Dante). Doré lui consacre dix planches, dont certains de ses monstres les plus célèbres.

32. Le Minotaure

Gravure de Gustave Doré : le Minotaure fou de rage sur un éboulis de rochers à l'entrée du septième cercle, L'Enfer, chant XII
Planche 32 : le Minotaure, l'infamie de Crète (chant XII). Gustave Doré, 1861.

Sur un chaos de rochers effondrés, un éboulement causé par le tremblement de terre à la mort du Christ, se tient le Minotaure, gardien des violents. À la vue des poètes, il se mord lui-même de rage. Virgile le nargue en lui rappelant Thésée, et le monstre se débat comme un taureau qui a reçu le coup mortel. Dante et Virgile en profitent pour se faufiler.

33. Les centaures

Gravure de Gustave Doré : des centaures armés d'arcs galopent le long du fleuve de sang, L'Enfer, chant XII
Planche 33 : Chiron et les centaures armés de flèches (chant XII). Gustave Doré, 1861.

Des milliers de centaures galopent le long du Phlégéthon et criblent de flèches toute âme qui sort du sang plus haut que sa faute ne le permet. Leur chef, Chiron, le sage précepteur d'Achille, écarte sa barbe d'une flèche pour parler. Il donne une escorte aux poètes : Nessus, le centaure mort pour avoir voulu enlever l'épouse d'Hercule.

34. Le fleuve de sang

Gravure de Gustave Doré : tyrans et meurtriers plongés dans le fleuve de sang bouillant du Phlégéthon, surveillés par des centaures, L'Enfer, chant XII
Planche 34 : tyrans et meurtriers dans le Phlégéthon bouillant (chant XII). Gustave Doré, 1861.

Porté par Nessus, Dante voit les tyrans plongés jusqu'aux sourcils dans le sang bouillant (Alexandre, Denys de Syracuse, Attila), puis les meurtriers immergés jusqu'à la gorge. Plus le crime est lourd, plus l'âme est enfoncée. Doré déploie le fleuve comme un vaste paysage infernal, où les têtes des damnés ponctuent la surface.

35. Les Harpies

Gravure de Gustave Doré : des Harpies à visage de femme perchées dans les arbres tordus de la forêt des suicidés, L'Enfer, chant XIII
Planche 35 : les Harpies font leur nid dans la forêt des suicidés (chant XIII). Gustave Doré, 1861.

Le deuxième giron est une forêt sans sentier, aux feuilles non pas vertes mais noires, aux branches noueuses et épineuses. Dans les branches nichent les Harpies, oiseaux à visage de femme, aux larges ailes et aux pattes griffues, qui se nourrissent des feuilles. La forêt des suicidés de Doré est l'une des images les plus obsédantes du livre, souvent reprise par les illustrateurs de fantasy et d'horreur.

36. L'arbre qui saigne

Gravure de Gustave Doré : Dante brise une branche d'un arbre qui saigne et qui parle, dans la forêt des suicidés, L'Enfer, chant XIII
Planche 36 : « Pourquoi me brises-tu ? » (chant XIII). Gustave Doré, 1861.

Sur le conseil de Virgile, Dante casse un rameau. Le tronc saigne et crie : les suicidés ont été changés en arbres et ne parlent que par leurs blessures. Celui-ci est Pier della Vigna, secrétaire de l'empereur Frédéric II, qui s'est donné la mort après avoir été accusé à tort de trahison. Doré montre l'instant précis : la branche cassée, la sève sombre, Dante qui recule.

37. La chasse des dissipateurs

Gravure de Gustave Doré : des âmes nues fuient à travers la forêt des suicidés, poursuivies par des chiennes noires, L'Enfer, chant XIII
Planche 37 : les dissipateurs chassés par les chiennes noires (chant XIII). Gustave Doré, 1861.

Un fracas dans les fourrés : deux âmes nues passent en courant, poursuivies par une meute de chiennes noires et affamées. Ce sont des dissipateurs, violents contre leurs propres biens : Lano de Sienne et Jacopo da Sant'Andrea. Les chiennes rattrapent le second et le mettent en pièces. Doré en fait une sombre scène de chasse, la meute plongeant entre les troncs.

38. La pluie de feu

Gravure de Gustave Doré : des flocons de feu tombent comme de la neige sur les damnés étendus dans un désert de sable brûlant, L'Enfer, chant XIV
Planche 38 : des flocons de feu tombent comme la neige (chant XIV). Gustave Doré, 1861.

Le troisième giron est un désert de sable brûlant où tombent lentement de larges flocons de feu, comme la neige sur les Alpes par temps calme. Les blasphémateurs gisent sur le dos, d'autres sont accroupis ou errent sans fin. Parmi eux, le géant Capanée, qui a défié Jupiter, insulte encore les dieux. Doré transforme la comparaison de Dante en poésie : une chute de neige enflammée sur un désert noir.

39. Brunetto Latini

Gravure de Gustave Doré : Brunetto Latini retient Dante par le pan de sa robe sur le sable brûlant, L'Enfer, chant XV
Planche 39 : Brunetto Latini reconnaît son élève (chant XV). Gustave Doré, 1861.

Une âme au visage brûlé saisit Dante par le pan de sa robe : c'est Brunetto Latini, le savant qui lui a enseigné comment l'homme se rend éternel. La scène est l'une des plus émouvantes du poème : Dante parle avec un profond respect et une vraie gratitude au maître qu'il a pourtant placé en Enfer. Doré saisit le geste de reconnaissance entre le vivant et le damné.

40. Géryon

Gravure de Gustave Doré : Géryon, le monstre de la fraude à visage d'homme et corps de serpent, surgit de l'abîme, L'Enfer, chant XVII
Planche 40 : Géryon, « la bête à la queue aiguë » (chant XVII). Gustave Doré, 1861.

De l'abîme monte Géryon, image de la fraude : le visage d'un honnête homme, le corps d'un serpent couvert de nœuds et de cercles, des pattes velues et une queue fourchue terminée par un dard de scorpion. C'est l'une des grandes inventions de Dante, et Doré lui donne toute sa majesté ambiguë, le visage calme au-dessus du monstre enroulé.

41. La descente sur Géryon

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile sur le dos de Géryon qui descend en spirale dans l'abîme, L'Enfer, chant XVII
Planche 41 : la descente sur le dos de Géryon (chant XVII). Gustave Doré, 1861.

Le seul moyen de descendre au huitième cercle, c'est le dos du monstre. Géryon nage dans l'air en lents cercles, comme un faucon qui revient au fauconnier, tandis que Dante s'agrippe, terrifié, voyant des flammes et entendant des plaintes en contrebas. Doré signe l'une des premières grandes images de « vol » de l'illustration : le vertige, le vide, et deux hommes minuscules sur un monstre.

Monstres, démons et géants : le bestiaire de Doré continue dans notre collection Gustave Doré, du Léviathan aux monstres marins du Roland furieux.

Cercle 8 : la fraude, les Malebolge (chants XVIII–XXX)

Le huitième cercle, les Malebolge (« mauvaises poches »), est un immense amphithéâtre de pierre divisé en dix fosses concentriques, enjambées par des ponts de roche. Chaque fosse punit une forme de fraude. C'est le cercle que Doré a le plus illustré : 22 planches.

42. Ruffians et séducteurs

Gravure de Gustave Doré : des démons cornus fouettent des files de pécheurs nus dans la première fosse des Malebolge, L'Enfer, chant XVIII
Planche 42 : les démons cornus fouettent ruffians et séducteurs (chant XVIII). Gustave Doré, 1861.

Dans la première fosse, deux colonnes de pécheurs nus marchent en sens contraire, chassées par des démons cornus armés de grands fouets. Nul n'attend le deuxième ni le troisième coup, note Dante. D'un côté les ruffians, qui vendaient des femmes à d'autres, de l'autre les séducteurs, dont le héros mythologique Jason, qui abandonna Hypsipyle et Médée.

43. Les flatteurs

Gravure de Gustave Doré : les flatteurs se vautrent dans une fosse d'immondices, observés par Dante et Virgile, L'Enfer, chant XVIII
Planche 43 : les flatteurs plongés dans l'ordure (chant XVIII). Gustave Doré, 1861.

Dans la deuxième fosse, les flatteurs se vautrent dans les excréments, la même matière, suggère Dante, que leurs paroles. L'un d'eux, Alessio Interminei de Lucques, en est si couvert que Dante ne saurait dire s'il était laïc ou clerc. Doré, jamais vulgaire, fait de la fosse un abîme sombre et poisseux, vu du haut du pont.

44. Thaïs

Gravure de Gustave Doré : la courtisane Thaïs se griffe dans la fosse des flatteurs, L'Enfer, chant XVIII
Planche 44 : Thaïs la courtisane (chant XVIII). Gustave Doré, 1861.

Virgile désigne une femme échevelée qui se griffe de ses ongles souillés, tantôt accroupie, tantôt debout : Thaïs, la courtisane d'une comédie latine de Térence, punie pour une réponse flatteuse faite à son amant. Avec cette figure solitaire, presque théâtrale, Doré clôt le chant des flatteurs.

45. Le pape simoniaque

Gravure de Gustave Doré : le pape Nicolas III planté la tête en bas dans un trou, les pieds en flammes, Dante penché sur lui, L'Enfer, chant XIX
Planche 45 : le pape Nicolas III, la tête en bas dans la roche (chant XIX). Gustave Doré, 1861.

Les simoniaques, qui ont vendu les choses sacrées et les charges de l'Église, sont plantés la tête en bas dans des trous de la roche, la plante des pieds en feu. L'un d'eux, le pape Nicolas III, prend Dante pour Boniface VIII, le pape vivant que Dante haïssait, et s'étonne qu'il arrive « si tôt ». C'est l'attaque la plus audacieuse de Dante contre la corruption de l'Église, et Doré montre le poète penché sur le trou, à l'écoute.

46. La poix bouillante

Gravure de Gustave Doré : des démons ailés plongent un pécheur dans la poix bouillante à coups de crocs, L'Enfer, chant XXI
Planche 46 : les démons harponnent les prévaricateurs dans la poix (chant XXI). Gustave Doré, 1861.

Doré saute la quatrième fosse, celle des devins à la tête tournée vers le dos, et passe directement à la cinquième. Ici, les fonctionnaires corrompus (les prévaricateurs) bouillent dans un lac de poix, comme le goudron de l'arsenal de Venise. Un démon noir arrive portant sur ses épaules un magistrat de Lucques et le jette dedans. Les autres l'enfoncent à coups de crocs, comme des cuisiniers qui repoussent la viande au fond de la marmite.

47. Les Malebranche

Gravure de Gustave Doré : une bande de démons pointe ses crocs vers Virgile, qui leur parle calmement, L'Enfer, chant XXI
Planche 47 : Virgile face aux démons Malebranche (chant XXI). Gustave Doré, 1861.

Les démons de cette fosse, les Malebranche (« mauvaises griffes »), portent des noms grotesques : Malacoda, Scarmiglione, Barbariccia, Graffiacane… Ils se ruent sur Virgile, crocs levés. Lui demande calmement à parler à leur chef, et Malacoda les laisse passer, en leur donnant une escorte (et un mensonge sur un pont). Ces chants sont l'intermède comique de L'Enfer, et Doré s'amuse visiblement à dessiner la bande de diables.

48. L'évasion de Ciampolo

Gravure de Gustave Doré : un pécheur replonge dans la poix pour échapper aux démons ailés qui le poursuivent, L'Enfer, chant XXII
Planche 48 : le Navarrais berne les démons (chant XXII). Gustave Doré, 1861.

Un damné de Navarre, Ciampolo, a été harponné hors de la poix. Il propose de faire venir d'autres damnés si les démons s'écartent, puis profite de leur distraction pour replonger. Le démon Alichino s'élance à sa poursuite, mais trop tard : « Tu es pris ! » crie-t-il, en vain. Doré saisit l'instant du plongeon, une scène de farce dans un décor gothique.

49. La rixe des démons

Gravure de Gustave Doré : deux démons ailés se battent en plein vol et tombent dans la poix bouillante, L'Enfer, chant XXII
Planche 49 : Alichino et Calcabrina tombent dans la poix (chant XXII). Gustave Doré, 1861.

Furieux d'avoir été joué, le démon Calcabrina se retourne contre Alichino. Les deux s'agrippent en plein vol comme des rapaces et tombent ensemble dans le lac bouillant, où ils restent collés comme des mouches. Leurs compagnons doivent les repêcher à coups de crocs. Dante et Virgile profitent de la confusion pour s'éclipser.

50. La fuite

Gravure de Gustave Doré : Virgile tient Dante dans ses bras et glisse le long de la pente rocheuse, poursuivi par les démons, L'Enfer, chant XXIII
Planche 50 : Virgile emporte Dante dans la pente (chant XXIII). Gustave Doré, 1861.

Les démons se lancent à la poursuite des poètes. Virgile prend Dante dans ses bras, comme une mère saisit son enfant quand la maison brûle, et se laisse glisser le long de la paroi jusqu'à la fosse suivante, où les démons n'ont pas le droit de les suivre. C'est l'une des images les plus tendres du livre : le guide devient un père.

51. Les hypocrites

Gravure de Gustave Doré : des hypocrites marchent lentement sous de lourdes chapes dorées doublées de plomb, L'Enfer, chant XXIII
Planche 51 : les hypocrites sous leurs chapes de plomb (chant XXIII). Gustave Doré, 1861.

Dans la sixième fosse, les hypocrites avancent avec une lenteur infinie, écrasés par de grandes chapes à capuchon : dorées et éblouissantes à l'extérieur, en plomb massif à l'intérieur. Deux d'entre eux s'adressent à Dante : Catalano et Loderingo, deux « Frères joyeux » de Bologne censés maintenir la paix à Florence. Doré dessine une procession de moines courbés sous le poids de leurs apparences.

52. Caïphe

Gravure de Gustave Doré : le grand prêtre Caïphe crucifié au sol par trois pieux, piétiné par les hypocrites, L'Enfer, chant XXIII
Planche 52 : Caïphe crucifié au sol par trois pieux (chant XXIII). Gustave Doré, 1861.

À terre, crucifié par trois pieux, gît Caïphe, le grand prêtre qui conseilla qu'un seul homme meure pour le peuple. Chaque hypocrite qui passe le piétine de tout le poids de sa chape de plomb. Doré renverse la Crucifixion : la croix est couchée et le condamné est écrasé par la foule.

53. Les voleurs et les serpents

Gravure de Gustave Doré : des voleurs nus courent parmi des nuées de serpents qui leur lient les mains et les mordent, L'Enfer, chant XXIV
Planche 53 : la fosse des voleurs, plus de serpents que dans toute la Libye (chant XXIV). Gustave Doré, 1861.

La septième fosse grouille de plus de serpents que tous les déserts de Libye. Les voleurs y courent nus, les mains liées dans le dos par les reptiles. L'un d'eux, Vanni Fucci, est mordu, s'enflamme, tombe en cendres et se reforme, comme le phénix. L'enchevêtrement de corps et de reptiles est l'une des planches les plus virtuoses de Doré.

54. La métamorphose

Gravure de Gustave Doré : un serpent à six pattes s'enroule autour d'un voleur et fusionne avec son corps, L'Enfer, chant XXV
Planche 54 : Agnello et le serpent ne forment plus qu'un monstre (chant XXV). Gustave Doré, 1861.

Un serpent à six pattes bondit sur le voleur Agnello Brunelleschi et s'y accroche comme le lierre. Leurs deux corps fondent ensemble comme de la cire chaude, et leurs deux têtes n'en font plus qu'une. Dante se vante ici de surpasser Ovide et Lucain dans l'art de la métamorphose. Doré relève le défi et montre la fusion monstrueuse en train de se faire.

55. Les flammes des mauvais conseillers

Gravure de Gustave Doré : Dante penché depuis un pont de pierre au-dessus d'une fosse remplie de flammes mouvantes, chacune contenant un damné, L'Enfer, chant XXVI
Planche 55 : la fosse des flammes, où brûle Ulysse (chant XXVI). Gustave Doré, 1861.

Penché depuis le pont, Dante voit la huitième fosse constellée de flammes, comme les lucioles qu'aperçoit un paysan dans la vallée un soir d'été. Chaque flamme cache un mauvais conseiller. Une flamme à deux pointes renferme Ulysse et Diomède. Ulysse raconte son dernier voyage au-delà des colonnes d'Hercule, pour suivre vertu et connaissance, et son naufrage en vue d'une montagne : l'un des passages les plus célèbres de L'Enfer.

56. Mahomet

Gravure de Gustave Doré tirée du chant XXVIII de L'Enfer, la neuvième fosse des semeurs de discorde
Planche 56 : les semeurs de discorde (chant XXVIII). Gustave Doré, 1861.

La neuvième fosse punit les « semeurs de discorde », dont le corps est fendu par l'épée d'un démon, comme ils ont fendu les communautés. Reprenant les vues polémiques du christianisme médiéval, Dante y place le prophète Mahomet, ainsi qu'Ali. Ce passage est aujourd'hui largement considéré comme offensant, et certaines éditions et adaptations modernes choisissent de ne pas reproduire l'illustration. Il reste un document important pour comprendre le regard que l'Occident médiéval portait sur l'islam, et sa transmission jusqu'au XIXe siècle.

57. Pier da Medicina

Gravure de Gustave Doré : Pier da Medicina mutilé, la gorge percée et le nez tranché, parle à Dante, L'Enfer, chant XXVIII
Planche 57 : Pier da Medicina et Curion (chant XXVIII). Gustave Doré, 1861.

Une âme à la gorge percée, au nez tranché et à qui il ne reste qu'une oreille se redresse pour parler : Pier da Medicina, qui semait la haine entre les seigneurs de Romagne. À côté de lui, Curion, celui qui poussa César à franchir le Rubicon, ne peut plus parler : on lui a coupé la langue. Le châtiment reflète toujours la faute. Les spécialistes appellent ce principe le contrapasso.

58. Bertran de Born

Gravure de Gustave Doré : le troubadour Bertran de Born, sans tête, brandit sa tête tranchée comme une lanterne, L'Enfer, chant XXVIII
Planche 58 : Bertran de Born porte sa propre tête comme une lanterne (chant XXVIII). Gustave Doré, 1861.

Voici l'une des images les plus saisissantes de tout L'Enfer : un corps sans tête qui marche en tenant sa tête tranchée par les cheveux, comme une lanterne. La tête parle. C'est Bertran de Born, troubadour limousin accusé d'avoir dressé le jeune prince Henri contre son père, le roi Henri II d'Angleterre. Pour avoir séparé le père et le fils, il est séparé de sa propre tête. Doré en fait une apparition cauchemardesque dans la pénombre.

59. Geri del Bello

Gravure de Gustave Doré : Dante s'attarde au-dessus de la fosse des mutilés tandis que Virgile le presse d'avancer, L'Enfer, chant XXIX
Planche 59 : Dante s'attarde au-dessus de la neuvième fosse (chant XXIX). Gustave Doré, 1861.

Les yeux de Dante sont comme ivres de tant de blessures, et Virgile doit le secouer : pourquoi regarde-t-il encore ? Dante avoue qu'il cherchait quelqu'un. Virgile l'a vu : Geri del Bello, un cousin du père de Dante, assassiné et jamais vengé par sa famille, qui pointait vers le poète un doigt menaçant. Une histoire de vendetta familiale, racontée au bord de l'abîme.

60. Les falsificateurs frappés

Gravure de Gustave Doré : des falsificateurs malades gisent entassés au fond de la dernière fosse des Malebolge, L'Enfer, chant XXIX
Planche 60 : les falsificateurs frappés par la maladie (chant XXIX). Gustave Doré, 1861.

La dixième et dernière fosse est un hôpital de l'Enfer. Les falsificateurs (alchimistes, faux-monnayeurs, imposteurs et menteurs) gisent les uns sur les autres, rongés par la maladie, l'hydropisie, la fièvre et la lèpre. Dante compare la scène à la peste de l'île d'Égine, quand tout le peuple mourut. Doré dessine un champ de corps qui s'étend jusque dans l'obscurité.

61. Griffolino et Capocchio

Gravure de Gustave Doré : deux alchimistes assis dos à dos grattent furieusement les croûtes qui couvrent leur corps, L'Enfer, chant XXIX
Planche 61 : les alchimistes grattent leurs croûtes (chant XXIX). Gustave Doré, 1861.

Deux damnés sont assis l'un contre l'autre comme deux poêlons qu'on appuie pour les chauffer, couverts de croûtes qu'ils grattent furieusement de leurs ongles, comme un couteau écaille un poisson. Ce sont deux alchimistes : Griffolino d'Arezzo, brûlé pour s'être vanté de savoir voler, et Capocchio, qui singeait la nature en contrefaisant les métaux.

62. Gianni Schicchi

Gravure de Gustave Doré : Gianni Schicchi plante ses dents dans la nuque de Capocchio et le traîne au sol, L'Enfer, chant XXX
Planche 62 : Gianni Schicchi mord Capocchio (chant XXX). Gustave Doré, 1861.

Deux ombres nues et enragées traversent la fosse en mordant comme des porcs échappés de la soue. L'une plante ses crocs dans la nuque de Capocchio et le traîne, le ventre raclant le sol. C'est Gianni Schicchi, qui se fit passer pour le défunt Buoso Donati afin de dicter un faux testament en sa faveur. L'histoire a inspiré l'opéra-bouffe de Puccini, Gianni Schicchi (1918).

63. Myrrha

Gravure de Gustave Doré : une ombre enragée court à travers la fosse des imposteurs, L'Enfer, chant XXX
Planche 63 : « l'âme antique de la criminelle Myrrha » (chant XXX). Gustave Doré, 1861.

L'autre ombre enragée est Myrrha, la princesse des Métamorphoses d'Ovide qui prit l'apparence d'une autre femme pour tromper son propre père. Elle est punie ici comme imposteur, falsificatrice de sa propre personne. Le chant se termine sur une querelle comique entre maître Adam, faux-monnayeur gonflé d'hydropisie, et Sinon, le Grec qui trompa les Troyens avec le cheval de bois. Virgile reproche à Dante de l'écouter avec trop de plaisir.

Le puits des géants (chant XXXI)

64. Nemrod

Gravure de Gustave Doré : le géant Nemrod avec son cor, dressé hors du puits comme une tour, L'Enfer, chant XXXI
Planche 64 : Nemrod, « Raphèl maï amècche zabì almi » (chant XXXI). Gustave Doré, 1861.

Dans la brume, Dante croit voir des tours, comme celles de Monteriggioni. Ce sont en réalité des géants, enfoncés jusqu'à la ceinture dans le puits qui mène au dernier cercle. Le premier est Nemrod, le bâtisseur de la tour de Babel, qui ne sait plus que baragouiner une phrase sans sens et souffler dans son cor. Doré joue sur l'ambiguïté entre architecture et corps : les géants font partie du paysage.

65. Éphialte

Gravure de Gustave Doré : le géant enchaîné Éphialte domine Dante et Virgile au bord du puits, L'Enfer, chant XXXI
Planche 65 : Éphialte enchaîné (chant XXXI). Gustave Doré, 1861.

Plus loin se dresse Éphialte, l'un des géants qui tentèrent d'escalader l'Olympe, ligoté par une chaîne qui fait cinq fois le tour de son corps. Quand il se secoue, la terre tremble plus violemment que lors d'un séisme. Dante, terrifié, n'a jamais eu aussi peur de mourir. Le géant de Doré, tout en muscles et en rage, rappelle les nus de Michel-Ange.

66. Antée

Gravure de Gustave Doré : le géant Antée dépose Dante et Virgile au fond de l'Enfer dans le creux de sa main, L'Enfer, chant XXXI
Planche 66 : Antée dépose les poètes au fond de l'Enfer (chant XXXI). Gustave Doré, 1861.

Antée, le seul géant laissé libre parce qu'il n'a pas pris part à la révolte contre les dieux, accepte d'aider les voyageurs. Il prend les deux poètes dans sa main et les dépose doucement sur la glace du dernier cercle, puis se redresse comme le mât d'un navire. La contre-plongée donne une idée de l'échelle vertigineuse que Doré voulait pour tout le livre.

Cercle 9 : la trahison, le lac gelé du Cocyte (chants XXXII–XXXIV)

Au fond de l'Enfer, il n'y a pas de feu, seulement de la glace. Les traîtres sont pris dans le lac gelé du Cocyte, en quatre zones : la Caïne (traîtres à leurs proches), l'Anténore (à leur patrie ou à leur parti), la Ptolémée (à leurs hôtes) et la Giudecca (à leurs seigneurs et bienfaiteurs). Plus la trahison est grave, plus ils sont enfoncés dans la glace.

67. Les traîtres pris dans la glace

Gravure de Gustave Doré : des traîtres pris jusqu'au cou dans la glace du Cocyte, L'Enfer, chant XXXII
Planche 67 : les traîtres dans la glace de la Caïne (chant XXXII). Gustave Doré, 1861.

Le lac est gelé si dur qu'une montagne tombant dessus ne le ferait pas craquer. Les traîtres y sont pris jusqu'au visage, comme des grenouilles qui sortent le museau de l'eau, la tête baissée, claquant des dents comme des becs de cigognes. Deux frères qui se sont entretués sont gelés si près l'un de l'autre que leurs cheveux se mêlent. La planche glacée et lunaire de Doré tranche avec toutes les flammes qui précèdent.

68. Bocca degli Abati

Gravure de Gustave Doré : Dante tire les cheveux d'un traître pris dans la glace pour lui faire dire son nom, L'Enfer, chant XXXII
Planche 68 : Dante saisit Bocca degli Abati par les cheveux (chant XXXII). Gustave Doré, 1861.

En marchant parmi les têtes, Dante en heurte une du pied, en plein visage. L'âme refuse de dire son nom, alors Dante l'empoigne par les cheveux et en arrache des touffes entières. Un autre damné la dénonce : c'est Bocca degli Abati, qui provoqua la défaite des Guelfes florentins à Montaperti en tranchant la main du porte-étendard. Au fond de la trahison, même Dante devient cruel.

69. Ugolin et Ruggieri

Gravure de Gustave Doré : le comte Ugolin ronge le crâne de l'archevêque Ruggieri, tous deux pris dans le même trou de glace, L'Enfer, chant XXXII
Planche 69 : Ugolin ronge le crâne de l'archevêque Ruggieri (chant XXXII). Gustave Doré, 1861.

Dans un même trou de glace, deux têtes : l'une ronge le crâne de l'autre, là où la nuque rejoint le cerveau, comme un affamé mord dans du pain. Celui qui mange est le comte Ugolin della Gherardesca, sa victime l'archevêque Ruggieri de Pise. Dante lui demande pourquoi, et la réponse occupe tout le chant suivant : l'un des récits les plus terribles de toute la littérature.

70. Ugolin et ses fils

Gravure de Gustave Doré : le comte Ugolin enfermé dans la tour avec ses fils affamés, qui lui offrent leur propre chair, L'Enfer, chant XXXIII
Planche 70 : « Tu nous as vêtus de cette misérable chair, dépouille-nous-en » (chant XXXIII). Gustave Doré, 1861.

En 1289, trahi par Ruggieri, Ugolin est enfermé dans une tour de Pise avec ses fils et petits-fils, et la porte est clouée. Quand il se mord les mains de douleur, les enfants croient qu'il a faim et lui offrent leur propre chair. La scène a fasciné le XIXe siècle : Jean-Baptiste Carpeaux sculptait son Ugolin au moment même où Doré gravait le sien, et Rodin reprendra le sujet.

71. Un à un

Gravure de Gustave Doré : Ugolin dans la prison obscure tandis que ses enfants meurent de faim les uns après les autres, L'Enfer, chant XXXIII
Planche 71 : les enfants meurent un à un (chant XXXIII). Gustave Doré, 1861.

Le quatrième jour, Gaddo se jette aux pieds de son père, lui demande pourquoi il ne l'aide pas, et meurt. Ugolin voit les trois autres tomber un à un entre le cinquième et le sixième jour. Doré, d'ordinaire si théâtral, choisit ici la retenue : une pièce close, quelques corps, l'obscurité.

72. La faim plus forte que la douleur

Gravure de Gustave Doré : Ugolin, aveuglé par la faim, tâtonne sur les corps de ses enfants morts dans la tour, L'Enfer, chant XXXIII
Planche 72 : « Puis la faim fut plus forte que la douleur » (chant XXXIII). Gustave Doré, 1861.

Devenu aveugle, Ugolin tâtonne sur les corps et appelle ses enfants pendant deux jours après leur mort. « Puis la faim fut plus forte que la douleur. » Le vers est volontairement ambigu, et les lecteurs en débattent depuis des siècles : Ugolin est-il simplement mort de faim, ou la faim l'a-t-elle poussé à l'impensable ? Dante ne le dit pas. Ugolin se tait et retourne ronger le crâne de son ennemi.

73. Lucifer, empereur de l'Enfer

Gravure de Gustave Doré : Lucifer émerge à mi-poitrine du lac gelé dans une immense caverne de glace, ailes de chauve-souris déployées, broyant un damné qu'il tient entre ses mains, Dante et Virgile minuscules sur un rebord de glace, L'Enfer, chant XXXIV
Planche 73 : l'empereur du royaume de douleur dans la glace de la Giudecca (chant XXXIV). Gustave Doré, 1861.

Au centre de la Terre, dans la glace de la Giudecca, où les traîtres à leurs seigneurs sont entièrement pris comme des fétus dans du verre, Dante voit l'empereur du royaume de douleur sortir de la glace à mi-poitrine : Lucifer, jadis le plus beau des anges. Doré l'installe dans une immense caverne hérissée de stalactites de glace, ses ailes de chauve-souris déployées d'une paroi à l'autre, dont le battement produit le vent qui gèle le Cocyte. Au premier regard, il paraît presque pensif, les coudes sur la glace, les mains portées au visage. Regardez de plus près : entre ses doigts, il broie un damné, Judas. Tout autour, les traîtres gisent pris dans la glace comme des débris, et sur un rebord à droite, Dante et Virgile ne sont que deux minuscules silhouettes blanches.

Bonus : l'autre Lucifer de Doré

Gravure de Gustave Doré : Lucifer accroupi dans le lac gelé dévore Judas tandis que Dante se serre contre Virgile sur la rive, planche rare pour le chant XXXIV de L'Enfer
Un second Lucifer de Gustave Doré, absent de l'édition courante de L'Enfer.

Il existe un autre Lucifer de Doré, beaucoup plus rare, qui ne figure pas parmi les 75 planches de l'édition courante. Le cadrage n'a rien à voir : plus de caverne de glace, le géant occupe toute l'image. Accroupi, barbu, la chevelure en désordre, il nous fixe d'un regard furieux, ses ailes griffues déployées derrière lui comme un dais. Il tient Judas à deux mains contre sa bouche, la tête du traître dedans et ses jambes pendant dehors, exactement comme le décrit Dante, et ses deux autres visages se devinent de profil. Sur la rive, Dante se serre contre Virgile. D'où vient cette planche, et pourquoi a-t-elle été écartée ? Son histoire reste à écrire. Côte à côte, les deux gravures montrent deux façons d'imaginer le même monstre : le souverain lointain, presque pensif, et le dévoreur vu de près.

La sortie : « revoir les étoiles » (chant XXXIV)

74. Le chemin caché

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile gravissent un passage rocheux obscur vers une lueur, L'Enfer, chant XXXIV
Planche 74 : le chemin caché vers la lumière (chant XXXIV). Gustave Doré, 1861.

Pour sortir, Virgile descend le long des flancs velus de Lucifer, Dante accroché à son cou. Au centre de la Terre, ils se retournent : désormais, ils montent. Un étroit tunnel naturel, creusé par un ruisseau, les mène vers l'autre hémisphère. Ils marchent sans prendre de repos jusqu'à apercevoir, par une ouverture ronde, les belles choses que porte le ciel.

75. Et nous sortîmes revoir les étoiles

Gravure de Gustave Doré : Dante et Virgile sortent des enfers sous un ciel nocturne étoilé, dernière planche de L'Enfer, chant XXXIV
Planche 75 : « Et de là nous sortîmes revoir les étoiles » (chant XXXIV). Gustave Doré, 1861.

« Et de là nous sortîmes revoir les étoiles. » Après 74 planches de ténèbres, Doré termine sur le ciel nocturne. Le même mot, « étoiles », clôt chacune des trois parties de la Divine Comédie, et Doré en fait la récompense du voyage. Les deux silhouettes minuscules de la première planche sont de retour, toujours petites face au monde, mais cette fois tournées vers la lumière. Le voyage continue, au Purgatoire.

Poursuivre le voyage : le Purgatoire de Doré est aussi dans notre catalogue, à commencer par Arachné, l'une de ses planches les plus saisissantes. Découvrez toutes nos reproductions des gravures de Gustave Doré.

FAQ : L'Enfer de Gustave Doré

Combien d'illustrations Gustave Doré a-t-il réalisées pour L'Enfer de Dante ?

Doré a réalisé 75 illustrations pleine page pour L'Enfer, publié en 1861. Avec Le Purgatoire et Le Paradis (1868), sa Divine Comédie compte 135 planches.

Quand et par qui les gravures de L'Enfer ont-elles été publiées ?

Le livre a été publié à Paris par Hachette en 1861, en grand in-folio. Doré, qui n'avait pas encore 30 ans, a largement financé l'édition lui-même, les éditeurs la jugeant trop coûteuse. Son succès a lancé sa série de grands classiques illustrés.

Quelle technique Doré a-t-il utilisée ?

Ce sont des gravures sur bois de bout. Doré dessinait ses compositions directement sur des blocs de buis, puis des graveurs de métier, dont Héliodore Pisan, les taillaient. Le résultat imprimé est une image en noir et blanc aux gris d'une extrême finesse.

Quels sont les neuf cercles de l'Enfer ?

1. Les Limbes, 2. la luxure, 3. la gourmandise, 4. l'avarice, 5. la colère, 6. l'hérésie, 7. la violence, 8. la fraude (les Malebolge, dix fosses) et 9. la trahison (le lac gelé du Cocyte, avec Lucifer en son centre).

Les illustrations de Gustave Doré sont-elles dans le domaine public ?

Oui. Doré est mort en 1883 et ses œuvres sont dans le domaine public. Attention toutefois : certaines institutions fixent leurs propres conditions pour la réutilisation commerciale de leurs numérisations.

Quelles sont les planches les plus célèbres de L'Enfer de Doré ?

La porte de l'Enfer, Charon, Paolo et Francesca dans l'ouragan, la forêt des Harpies, Géryon, Ugolin et Lucifer sont parmi les plus reproduites. Ce sont aussi celles qui rendent le mieux, encadrées sur un mur.

Les démons de Doré ne sont qu'une facette des grands bestiaires du monde. Si ses monstres vous fascinent, découvrez ceux du Japon dans notre guide complet des yokai.

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