John James Audubon — L'homme qui a peint tous les oiseaux d'Amérique (1785–1851)

Au début du XIXe siècle, un homme s'enfonça seul dans la nature sauvage américaine, armé d'un fusil, d'un carnet à dessin et d'une ambition impossible : peindre chaque oiseau d'Amérique du Nord, grandeur nature, dans son habitat naturel. Cet homme, c'est John James Audubon. Ce qu'il produisit — 435 planches monumentales en couleurs, publiées à Londres et Édimbourg entre 1827 et 1838 sous le titre Les Oiseaux d'Amérique — n'est pas seulement l'un des plus grands monuments de l'histoire de l'illustration naturaliste. C'est l'une des œuvres d'art les plus extraordinaires jamais réalisées.

Aujourd'hui, moins de 120 exemplaires complets de l'édition originale subsistent. Lorsqu'un passe en vente aux enchères, il atteint des millions. Mais les reproductions des planches d'Audubon — fidèles à chaque plume, chaque détail botanique, chaque pose dramatique — ont rendu sa vision accessible à tous, sans rien perdre de leur puissance de saisissement.

Un errant entre deux mondes

Né en 1785 à Saint-Domingue (l'actuel Haïti), fils illégitime d'un officier de marine français et d'une femme créole, Jean-Jacques Rabin fut envoyé en France enfant et élevé à Nantes sous le nom de Jean-Jacques Audubon. À 18 ans, il fut expédié en Amérique pour échapper à la conscription napoléonienne — et n'en revint pour ainsi dire jamais. Il s'installa à Mill Grove, le domaine pennsylvanien de son père, où il commença à observer et dessiner les oiseaux alentour avec une dévotion obsessionnelle.

Les années qui suivirent furent tumultueuses. Audubon épousa Lucy Bakewell, s'installa au Kentucky, ouvrit des boutiques et des moulins — qui tous firent faillite. En 1819, il était ruiné, brièvement emprisonné pour dettes, et gagnait sa vie comme portraitiste et professeur de danse tandis que Lucy travaillait comme gouvernante pour nourrir la famille. Mais à travers chaque revers, il continuait à dessiner des oiseaux. Et c'est précisément cette période d'errance, de pauvreté et d'aventure dans la frontière américaine — de la Floride au Labrador, du delta du Mississippi au golfe du Mexique — qui donne à son œuvre sa qualité âpre et vivante. Ce ne sont pas des oiseaux observés depuis un laboratoire. Ce sont des oiseaux qu'il a traqués, suivis, connus.

Une révolution dans l'art ornithologique

Avant Audubon, l'illustration ornithologique était largement une affaire statique. Les oiseaux étaient représentés comme des spécimens empaillés : droits, symétriques, sans vie. Audubon rompit totalement avec cette convention. Travaillant principalement à l'aquarelle — complétée par du pastel, de la craie, de la gouache et du crayon — il développa une technique consistant à maintenir des oiseaux fraîchement tués en poses dynamiques et naturelles à l'aide d'armatures de fil de fer, puis passait jusqu'à soixante heures sur une seule planche.

Les résultats n'avaient rien à voir avec ce qu'on avait vu jusque-là. Un grand héron bleu plonge vers un poisson. Deux perruches de Caroline se disputent une bardane. Un aigle royal déchire sa proie. Les oiseaux sont saisis en plein vol, en plein piqué, en plein chant — vivants sur la page comme aucun artiste ne l'avait réussi avant lui. Certains critiques jugèrent ses compositions trop théâtrales, trop romantiques. Ses défenseurs les disaient vraies.

Le format double grand aigle qu'il choisit pour Les Oiseaux d'Amérique — des feuilles de 99 sur 66 centimètres — permettait de peindre même les plus grandes espèces, comme le flamant américain ou la grue blanche, à leur taille réelle. Un choix technique et commercial audacieux, qui définit entièrement l'allure de l'œuvre.

Les Oiseaux d'Amérique : un monument de l'histoire du livre

Incapable de trouver un éditeur en Amérique, Audubon s'embarqua pour la Grande-Bretagne en 1826, avec 250 dessins originaux et un instinct de showman. Il exposa son travail à Liverpool, Manchester et Édimbourg, faisant payer l'entrée, et fut accueilli avec stupéfaction. La presse le sacra « le bûcheron américain » — une fantaisie romantique du naturaliste noble de la frontière qu'Audubon, jamais avare de mise en scène, accepta volontiers d'incarner.

Il trouva son graveur à Londres : Robert Havell Jr., dont l'atelier allait passer treize ans à transposer les aquarelles d'Audubon en gravures sur cuivre coloriées à la main d'un raffinement stupéfiant. Le projet fut financé par souscription — les souscripteurs recevaient cinq planches à la fois, un grand oiseau, un moyen, trois petits — et Audubon passa des années à faire la navette entre les deux continents pour maintenir sa clientèle, collecter de nouveaux spécimens et continuer à peindre.

Lorsque la dernière planche parut en 1838, Les Oiseaux d'Amérique comptait 435 planches représentant 497 espèces — dont cinq aujourd'hui éteintes, parmi lesquelles la tourte voyageuse et la perruche de Caroline. L'ouvrage demeure le livre imprimé le plus cher jamais vendu aux enchères.

Un héritage complexe

Audubon fut un personnage brillant, déterminé, et profondément contradictoire. Il fut aussi un esclavagiste, un plagiaire, et un auteur dont les récits de vie sauvage étaient généreusement brodés. La National Audubon Society, fondée en son nom longtemps après sa mort, a ces dernières années confronté ouvertement cette histoire. Son œuvre ne peut être séparée des contradictions morales du monde qui l'a produite.

Ce qui demeure, par-delà la controverse, c'est l'art lui-même. Les planches d'Audubon ont capturé des espèces dans leurs milieux vivants à un moment d'abondance écologique qui ne reviendrait jamais. Plusieurs des oiseaux qu'il a représentés avaient disparu dans les décennies suivant sa mort. En ce sens, Les Oiseaux d'Amérique est aussi une élégie — un témoignage involontaire d'un monde déjà en train de s'effacer.

Où voir son œuvre aujourd'hui

Les aquarelles originales d'Audubon sont conservées à la New-York Historical Society, qui en possède la plus grande collection au monde. Des ensembles complets ou partiels des Oiseaux d'Amérique se trouvent à la National Gallery of Art (Washington D.C.), au Natural History Museum (Londres), à Harvard, au Smithsonian, et dans de nombreuses autres grandes institutions à travers le monde.

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