Japanese Yokai: The Complete Guide to Demons, Spirits & Supernatural Creatures

Yōkai japonais : Guide complet des démons, esprits et créatures surnaturelles

Temps de lecture : 20 minutes · Mis à jour en septembre 2026

Dans les recoins obscurs du folklore japonais se tapit un monde peuplé de milliers d’êtres surnaturels : renards métamorphes, parapluies animés, murs invisibles qui barrent les routes et créatures qui dévorent les cauchemars. Ce sont les yōkai (妖怪), des créatures qui, depuis plus d’un millénaire, hantent, divertissent et inspirent le Japon.

Hyakki yakō, la parade nocturne des cent démons, par Kawanabe Kyosai : cortège de yōkai et d’objets animés

Hyakki yakō (la parade nocturne des cent démons), par Kawanabe Kyosai.

Vous aimez l’art des yōkai ? Découvrez nos affiches yokai, reproduites d’après des estampes et rouleaux japonais originaux.

Que sont les yōkai ? Comprendre les êtres surnaturels japonais

Définir l’indéfinissable

Le mot yōkai (妖怪) associe deux caractères :

  • 妖 (yō) : mystérieux, envoûtant, calamité
  • 怪 (kai) : étrange, mystère, apparition

Les yōkai ne sont pas simplement des « démons japonais », comme on les traduit souvent à tort. Ils sont l’incarnation des moments inexplicables : cette impression d’entendre des pas derrière soi alors qu’il n’y a personne, ces objets qui disparaissent puis réapparaissent, ces ombres qui semblent bouger seules, cette nature qui se comporte de manière étrange. Les yōkai sont l’explication surnaturelle de l’inexplicable.

Yōkai peints par Kawanabe Kyosai, créatures surnaturelles du folklore japonais

Yōkai, par Kawanabe Kyosai.

Yōkai et autres termes du surnaturel

Le folklore japonais emploie plusieurs termes qui se recoupent en partie :

TermeSensÀ retenir
Yōkai (妖怪)Terme le plus large pour les créatures surnaturellesMalveillants, bienveillants ou neutres : ils ne sont pas tous maléfiques. Englobe monstres, esprits et objets transformés.
Obake (お化け) / Bakemono (化け物)« Chose qui se transforme »Les métamorphes, comme le kitsune (renard) ou le tanuki (chien viverrin).
Yūrei (幽霊)Fantômes d’êtres humainsEsprits retenus sur terre par une émotion forte (vengeance, amour, regret). Contrairement aux yōkai, ils ont été humains.
Oni (鬼)Démons, ogresYōkai puissants et souvent malveillants, avec cornes, crocs et massue.
Mononoke (物の怪)Esprit qui possèdeEsprit capable de posséder des personnes, popularisé par Princesse Mononoké du studio Ghibli.
Ayakashi (妖)Phénomènes surnaturelsTerme régional, surtout de l’ouest du Japon, souvent lié à la mer.

L’histoire : de la peur ancestrale aux icônes de la pop culture

Les origines : l’époque de Heian (794-1185)

Le monde des yōkai prend forme à l’époque de Heian, une période où nobles comme gens du peuple vivent dans la crainte :

  • des esprits vengeurs des morts ;
  • des kami (divinités, esprits) irrités par le comportement humain ;
  • de maladies mystérieuses attribuées à des causes surnaturelles ;
  • de catastrophes naturelles perçues comme des châtiments.

Les premiers textes en portent déjà la trace. Le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720), les plus anciennes chroniques du Japon, évoquent des divinités redoutables et des êtres surnaturels, dont les premiers oni. Vers 1010, Le Dit du Genji met en scène des mononoke, esprits qui possèdent certains personnages.

Danse du lion de Silla, rouleau Shinzei-kogakuzu, copie du XVIIIe siècle d’une peinture de l’époque de Heian

Danse du lion de Silla (Shiragi koma), d’après le rouleau Shinzei-kogakuzu (信西古楽図). Copie du XVIIIe siècle d’une peinture de l’époque de Heian.

Sans être un yōkai à proprement parler, cette danse rituelle venue de Corée illustre les racines de l’imaginaire surnaturel japonais, où des esprits gardiens importés, comme les komainu, font le lien entre traditions coréennes, bouddhiques et shintō.

L’époque d’Edo (1603-1868) : l’âge d’or des yōkai

Estampe d’Utagawa Kuniyoshi : la divinité Inari apparaît à un homme sous la forme d’un renard

Le kami Inari apparaissant à un homme, par Utagawa Kuniyoshi.

À l’époque d’Edo, les yōkai passent du registre de la terreur à celui du divertissement. Plusieurs facteurs expliquent ce basculement :

  • La paix : 250 ans sans guerre majeure laissent à la population le loisir de se divertir.
  • L’urbanisation : Edo (l’actuelle Tokyo), Kyoto et Osaka se développent, et le public réclame spectacles et récits.
  • L’imprimerie : la gravure sur bois rend les livres illustrés bon marché.
  • L’alphabétisation : de plus en plus de lecteurs dévorent les histoires illustrées.

Trois jalons marquent cette période :

  • 1712, le Wakan sansai zue (和漢三才図会) : cette encyclopédie illustrée range des créatures fantastiques aux côtés des animaux réels, et influence durablement leur représentation.
  • 1776, le Gazu hyakki yagyō (画図百鬼夜行), « La parade nocturne illustrée des cent démons » : l’artiste Toriyama Sekien (1712-1788) y publie le bestiaire le plus influent de l’histoire. Nombre de yōkai connus aujourd’hui ont été codifiés, voire inventés, par lui.
  • Les années 1830-1860, l’essor de l’ukiyo-e : Utagawa Kuniyoshi signe des estampes de yōkai spectaculaires, Katsushika Hokusai illustre des récits de fantômes, et les yōkai deviennent de véritables icônes populaires.
L’âge d’or de l’art yōkai chez vousDémons, fantômes et renards de Kuniyoshi, Hokusai, Yoshitoshi et Kyosai, imprimés sur papier mat qualité musée.
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L’ère Meiji (1868-1912) : le déclin

La modernisation du Japon frappe les yōkai de plein fouet :

  • les sciences occidentales discréditent les explications surnaturelles ;
  • l’éclairage électrique remplace les lanternes, et les ombres mystérieuses se font plus rares ;
  • chemins de fer et télégraphe éloignent le Japon « civilisé » d’un passé jugé superstitieux ;
  • les autorités découragent le folklore, considéré comme archaïque.

Paradoxalement, c’est aussi l’époque où le philosophe Inoue Enryō fonde la « yōkaigaku », l’étude des yōkai, dans le but de démontrer leur caractère illusoire. Vers 1900, les yōkai semblent voués à disparaître.

L’ère Shōwa (1926-1989) : la renaissance

Dans les années 1960, le mangaka Shigeru Mizuki (1922-2015) ranime presque à lui seul l’univers des yōkai avec GeGeGe no Kitarō. Il les rend sympathiques et proches du quotidien, invente de nouvelles créatures aujourd’hui perçues comme « traditionnelles », et déclenche un véritable engouement national. À la même période, la série de films Yōkai Monsters met en scène les créatures classiques et devient culte.

Les ères Heisei et Reiwa (depuis 1989) : la conquête du monde

  • Jeux vidéo : Pokémon (1996) puise dans le folklore, et Yo-kai Watch (2013) fait de la capture de yōkai son principe même.
  • Animation : Le Voyage de Chihiro (2001) fait découvrir les yōkai au monde entier, suivi par Mushishi (2005) ou Le Pacte des yōkai (Natsume Yūjin-chō, 2008).
  • Réseaux sociaux : les yōkai s’invitent sur Instagram et TikTok, dans les esthétiques « dark academia » et chez les tatoueurs du monde entier.

Les catégories de yōkai : une approche taxonomique

Les folkloristes ont tenté de classer les yōkai en grandes familles. Aucune classification ne fait autorité, mais celle-ci aide à s’y retrouver.

1. Les yōkai animaux (dōbutsu-kei)

Inspirés d’animaux réels ou mythiques : le kitsune (renard), le tanuki (chien viverrin), le bakeneko (chat), le tengu (hybride d’homme et d’oiseau) ou le kappa (créature aquatique à carapace).

Suiko jūni-hin no zu, guide illustré des 12 types de kappa, milieu du XIXe siècle

Dessins de kappa tirés du Suiko jūni-hin no zu (水虎十二品之図, « Guide illustré des 12 types de kappa »), milieu du XIXe siècle.

Ce guide présente les kappa avec la précision d’une étude naturaliste. Les artistes d’Edo abordaient souvent les créatures mythiques comme des biologistes face à des animaux réels, en cataloguant leur anatomie, leurs mœurs et leur habitat. Ce mélange de folklore et d’observation donne aux yōkai animaux un réalisme étonnamment scientifique.

2. Les yōkai objets (tsukumogami)

Des objets du quotidien qui prennent vie après un siècle d’existence : le kasa-obake (parapluie), le chōchin-obake (lanterne en papier), le biwa-bokuboku (luth) ou le kameosa (jarre de saké).

Estampe de 1860 représentant des tsukumogami, objets du quotidien transformés en yōkai

Estampe Nouvelle collection de tsukumogami (新板化物つくし), 1860.

3. Les yōkai humanoïdes

D’apparence plus ou moins humaine : les oni (démons, ogres), la rokurokubi (femme au cou extensible), la futakuchi-onna (femme à deux bouches) ou la kuchisake-onna (femme à la bouche fendue).

Kūkai (Kōbō Daishi) pratiquant le tantrisme face à un oni et un loup, par Katsushika Hokusai

Kūkai (Kōbō Daishi) pratiquant le tantrisme, avec un démon (oni) et un loup, par Katsushika Hokusai.

4. Les yōkai de la nature

Associés aux phénomènes naturels : les kaze-no-kami (esprits du vent), l’umi-bōzu (moine de mer), la yuki-onna (femme des neiges) ou l’hinoenma (yōkai du feu).

Yuki-onna, la femme des neiges, par Sawaki Sūshi, Hyakkai zukan, 1737

Yuki-onna, par Sawaki Sūshi, Hyakkai zukan, 1737.

5. Les yōkai phénomènes

Des manifestations de sensations ou d’événements inexpliqués : le makuragaeshi (qui retourne les oreillers), le nurikabe (le mur invisible) ou le betobeto-san (les pas qui vous suivent).

Nurikabe, yōkai du mur invisible, extrait du rouleau Bakemono no e, vers 1700

Nurikabe (ぬりかべ), extrait du Bakemono no e (化物之繪), vers 1700.

Les Trois Grands : les yōkai les plus redoutés de l’histoire

La tradition japonaise distingue les trois grands yōkai maléfiques (日本三大悪妖怪) : un roi des démons, un renard à neuf queues et un empereur devenu esprit vengeur.

1. Shuten-dōji (酒呑童子), le démon buveur de saké

Shuten-dōji, roi des oni, estampe de Tsukioka Yoshitoshi, 1887

Shuten-dōji, le roi des oni. Estampe de Tsukioka Yoshitoshi, 1887.

Type : oni (roi des démons) · Époque : Heian (Xe-XIe siècle) · Lieu : mont Ōe (大江山), près de Kyoto

La légende : sous le règne de l’empereur Ichijō (986-1011), de jeunes femmes de la noblesse disparaissent à Kyoto. Le célèbre devin Abe no Seimei découvre le coupable : Shuten-dōji, chef des oni du mont Ōe, qui les enlève pour les dévorer. Colosse insatiable, grand amateur de saké, il peut aussi prendre l’apparence d’un enfant ou d’un jeune homme séduisant, comme l’indique son nom (dōji signifie « enfant »).

Sa défaite : le guerrier Minamoto no Raikō (948-1021) et ses quatre compagnons infiltrent sa forteresse déguisés en ascètes des montagnes (yamabushi). Ils lui offrent un saké empoisonné, le jinben kidoku-shu (神便鬼毒酒, « saké divin, poison pour les démons »), puis le décapitent pendant son sommeil. Même tranchée, la tête du démon s’envole et tente de mordre Raikō : seul son casque le sauve.

2. Tamamo-no-Mae (玉藻前), la renarde à neuf queues

Tamamo-no-Mae sous forme humaine, estampe de Tsukioka Yoshitoshi

Tamamo-no-Mae sous forme humaine. Estampe de Tsukioka Yoshitoshi.

Type : kitsune (renard) · Époque : XIIe siècle · Lieu : cour impériale, Kyoto

La légende : une femme d’une beauté et d’une érudition extraordinaires, Tamamo-no-Mae, devient la favorite de l’empereur retiré Toba. Mais celui-ci tombe mystérieusement malade. Le devin Abe no Yasuchika démasque la courtisane : c’est un renard à neuf queues (kyūbi no kitsune, 九尾の狐) qui aspire la force vitale de l’empereur.

Selon la légende, ce même esprit aurait déjà causé la perte de royaumes sur tout le continent : il aurait été Daji, la consort maléfique qui précipita la chute de la dynastie Shang en Chine, puis la dame Kayō, qui faillit ruiner un royaume de l’Inde ancienne.

Sa défaite : démasquée, Tamamo-no-Mae s’enfuit dans la plaine de Nasu. Les guerriers Miura-no-suke et Kazusa-no-suke la traquent et l’abattent. Elle se change alors en Sesshō-seki (殺生石, « la pierre qui tue »), un rocher exhalant un gaz mortel, jusqu’à ce que le moine bouddhiste Gennō l’exorcise à la fin du XIVe siècle.

La légende rattrapée par l’actualité En mars 2022, la Sesshō-seki, toujours visible à Nasu, s’est fendue en deux. Sur les réseaux sociaux, beaucoup se sont amusés, ou inquiétés, de voir Tamamo-no-Mae libérée.

3. L’empereur Sutoku (崇徳天皇), l’esprit vengeur

L’empereur Sutoku en exil, estampe de Tsukioka Yoshitoshi, 1885

L’empereur Sutoku en exil. Estampe de Tsukioka Yoshitoshi, 1885.

Type : onryō (esprit vengeur) · Mort : 1164 · Lieu : province de Sanuki (actuelle préfecture de Kagawa, sur l’île de Shikoku)

L’histoire : l’empereur Sutoku règne de 1123 à 1142, avant d’être contraint d’abdiquer au profit de son demi-frère. En 1156, lors de la rébellion de Hōgen, il tente de reprendre le pouvoir, échoue, et finit exilé dans la province de Sanuki, où il meurt en 1164.

La transformation : selon la légende, Sutoku passe son exil à recopier des sutras avec son propre sang, pour les offrir aux temples de Kyoto en signe de repentir. Craignant une malédiction, la cour les refuse. Fou de rage, il se mord la langue, écrit une malédiction avec son sang et jure de devenir un grand démon (大天狗, daitengu) pour plonger le Japon dans le chaos. On lui attribue ensuite la guerre de Genpei (1180-1185), des catastrophes naturelles et des siècles de troubles politiques.

L’apaisement : il faut attendre 1868, soit 704 ans après sa mort, pour que l’empereur Meiji fasse revenir son esprit à Kyoto et lui consacre un sanctuaire, le Shiramine-jingū, afin de l’apaiser.

Oni : les démons emblématiques du Japon

Sessen Dōji offrant sa vie à un oni, peinture de Soga Shōhaku, 1764

Sessen Dōji offrant sa vie à un oni, par Soga Shōhaku, 1764.

Que sont les oni ?

Les oni (鬼) sont les yōkai les plus reconnaissables, traduits selon les cas par démons, ogres ou diables. Leur apparence est codifiée :

  • un corps humanoïde massif et très musclé, bien plus grand qu’un homme ;
  • une peau colorée : rouge le plus souvent, mais aussi bleue, verte, noire ou jaune ;
  • des cornes, généralement deux, parfois une ou trois, et des crocs ;
  • une chevelure hirsute et un pagne en peau de tigre ;
  • une massue de fer cloutée, le kanabō (金棒).

Pourquoi des cornes et une peau de tigre ?

Cette apparence vient de la cosmologie chinoise. Le nord-est, direction néfaste appelée ushitora (艮), porte le nom de deux animaux du zodiaque : le bœuf (ushi) et le tigre (tora). Les oni, qui sont censés surgir de cette « porte des démons », en ont hérité les cornes du bœuf, ainsi que les crocs et la peau du tigre.

Les types d’oni

  • Aka-oni (赤鬼), l’oni rouge : le plus courant, il incarne la colère et la violence, et garde souvent les enfers bouddhiques.
  • Ao-oni (青鬼), l’oni bleu : il représente l’avidité ou la jalousie et fait souvent équipe avec l’oni rouge.
  • Kijo (鬼女), la femme démon : souvent une femme transformée par la jalousie ou la vengeance, dont le masque hannya du théâtre nō est l’image la plus célèbre.

Les oni dans la culture

Chaque année, lors de Setsubun (autour du 3 février), les Japonais lancent des haricots de soja grillés sur une personne portant un masque d’oni en criant « Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! » (« Les démons dehors ! Le bonheur dedans ! »). Dans l’argot moderne, « oni » sert même d’intensif : oni yabai (鬼やばい) signifie à peu près « complètement dingue ».

Le Démon à longue queue de Kawanabe Kyosai, affiche yokai avec démons et esprit renard
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Le Démon à longue queue, Kawanabe Kyosai

Démons, esprits et renard espiègle dans l’une des scènes surnaturelles débridées de Kyosai.

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Kitsune : les esprits-renards mystiques

Feux de renard la nuit du Nouvel An sous l’arbre d’Ōji, estampe d’Utagawa Hiroshige représentant des kitsune

Feux de renard la nuit du Nouvel An sous l’arbre d’Ōji, par Utagawa Hiroshige.

Que sont les kitsune ?

Les kitsune (狐, « renard ») sont des renards dotés de pouvoirs magiques qui grandissent avec l’âge et la sagesse. Ils peuvent vivre plusieurs siècles, sont des maîtres de la métamorphose et peuvent se montrer bienveillants comme malveillants. Ils sont étroitement associés à Inari, la divinité shintō du riz et de la prospérité, dont ils sont les messagers.

Le mystère des neuf queues

Selon la tradition, un kitsune gagne une nouvelle queue à mesure qu’il vieillit et que sa puissance augmente, jusqu’à neuf. On dit souvent qu’il lui faut environ un siècle par queue. Le renard à neuf queues (kyūbi no kitsune, 九尾の狐), à la fourrure blanche ou dorée, est le sommet de cette évolution : ses pouvoirs sont quasi divins, et Tamamo-no-Mae en est l’exemple le plus célèbre. Certains récits évoquent même le tenko (天狐), le « renard céleste », parvenu au rang de divinité.

Bons et mauvais renards

  • Zenko (善狐), les bons renards : messagers d’Inari, ils protègent les humains et apportent la prospérité. Leurs statues gardent les sanctuaires Inari dans tout le Japon.
  • Yako (野狐), les renards sauvages : espiègles ou malveillants, ils jouent des tours aux humains et peuvent même les posséder. Cette possession, le kitsunetsuki (狐憑き), se traduisait par des comportements étranges et une envie irrépressible de tofu frit, et nécessitait un exorcisme.

Les pouvoirs des kitsune

Leur don principal est la métamorphose : ils prennent volontiers l’apparence de belles jeunes femmes, parfois de jeunes hommes, d’enfants ou même d’objets. Ils maîtrisent aussi les illusions et le kitsune-bi (狐火), des feux follets surnaturels qui flottent la nuit. Et lorsqu’il pleut sous un soleil éclatant, les Japonais disent que c’est un kitsune no yomeiri, « le mariage du renard ».

Comment reconnaître un kitsune déguisé ?

  • Son ombre ou son reflet trahit sa véritable forme, parfois avec une queue.
  • Il a peur des chiens, ses prédateurs naturels.
  • Il ne résiste pas à l’aburaage, le tofu frit, son mets préféré.
  • Selon certains récits, les personnes ivres voient à travers son déguisement.

Les épouses renardes

Un thème revient souvent : un homme sauve un renard, puis rencontre une femme magnifique qu’il épouse. Ils ont des enfants, jusqu’au jour où le chien de la maison révèle la vraie nature de l’épouse. Elle doit alors partir, en promettant de veiller sur ses enfants. La plus célèbre de ces renardes est Kuzunoha (葛の葉), qui épousa Abe no Yasuna et serait la mère du devin Abe no Seimei.

Le Cri du renard de Tsukioka Yoshitoshi, affiche d’estampe japonaise kitsune
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Le Cri du renard, Tsukioka Yoshitoshi

Une scène de kitsune au clair de lune, par le dernier grand maître de l’ukiyo-e.

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Tengu : les gardiens des montagnes au long nez

Tengu et moine bouddhiste, peinture de Kawanabe Kyosai

Tengu et moine bouddhiste, par Kawanabe Kyosai. Le tengu porte la coiffe et l’écharpe à pompons des adeptes du Shugendō.

Que sont les tengu ?

Les tengu (天狗, littéralement « chien céleste ») sont des yōkai à l’allure d’oiseau qui vivent dans les montagnes et les forêts. Leur image a beaucoup évolué au fil des siècles :

  • À l’origine, venus de Chine avec le bouddhisme, ce sont des esprits malfaisants, ennemis de la foi et fauteurs de catastrophes.
  • À l’époque classique (Heian et Kamakura), ils prennent une apparence plus aviaire et s’attachent aux montagnes.
  • À partir d’Edo, ils deviennent les gardiens des montagnes et des arts martiaux : des maîtres d’escrime farceurs et orgueilleux, mais pas forcément maléfiques.

Les deux grands types de tengu

Le daitengu (大天狗), ou grand tengu, a une apparence humaine, un visage rouge, un très long nez, des cheveux et une barbe blancs, un éventail de plumes (hauchiwa) et une tenue d’ascète. Le plus célèbre, Sōjōbō (僧正坊), roi des tengu du mont Kurama, aurait enseigné le sabre au jeune Minamoto no Yoshitsune, l’un des plus grands héros du Japon.

Le karasu-tengu (烏天狗), ou tengu corbeau, a une tête d’oiseau avec un bec, des plumes noires, de grandes ailes et des pieds griffus. Il occupe un rang inférieur à celui du daitengu.

Leurs pouvoirs

Les tengu volent, possèdent une force surhumaine et une maîtrise inégalée du sabre. On leur prête aussi le don de métamorphose, la télépathie et le pouvoir de déchaîner le vent d’un simple coup d’éventail.

Les tengu dans la culture

Le mont Takao (高尾山), près de Tokyo, est l’une de leurs montagnes sacrées : le temple Yakuō-in y attire chaque année de nombreux visiteurs, accueillis par des statues de tengu. Les masques au long nez rouge sont portés lors des fêtes, et l’expression tengu ni naru (天狗になる), « devenir un tengu », signifie devenir prétentieux, en référence à leur légendaire arrogance.

Kappa : les farceurs des rivières

Keyamura Rokusuke affrontant des kappa, estampe de la série Honchō kendō ryakuden

Keyamura Rokusuke et les kappa, série Honchō kendō ryakuden (1843-1847).

Que sont les kappa ?

Les kappa (河童, « enfant de la rivière ») sont des yōkai aquatiques présents dans tout le Japon. De la taille d’un enfant, ils ont une peau verte et écailleuse, une carapace de tortue sur le dos, des mains et des pieds palmés, un bec et une odeur de poisson. Mais leur trait le plus important se trouve sur leur tête : une cavité en forme de coupelle, le sara, remplie d’eau.

Leur point faible

Cette eau est la source de leur force. Si elle se renverse, le kappa perd tous ses pouvoirs, et il peut même mourir si la coupelle se vide entièrement. Il doit alors retourner à la rivière pour la remplir.

Farceurs, dangereux… et parfois utiles

Côté farces, les kappa regardent sous les kimonos, lâchent des pets sonores, volent les récoltes, surtout les concombres, et défient les passants au sumo. Côté sombre, ils noient les imprudents, en particulier les enfants, et arracheraient à leurs victimes le shirikodama, un organe mythique censé contenir l’âme. Mais ils tiennent toujours parole, peuvent devenir amis des humains qui les traitent bien, et connaissent l’art de réduire les fractures.

Comment vaincre un kappa

  • La courbette : saluez-le profondément. Poli, le kappa vous rendra votre salut, et l’eau de sa tête se renversera.
  • Le concombre : gravez le nom de votre famille sur un concombre et jetez-le à l’eau. Le kappa épargnera les vôtres.
  • Le sumo : acceptez son défi et arrachez-lui un bras, qui tient mal. Pour le récupérer, il vous promettra n’importe quoi.
  • La méthode peu orthodoxe : certains récits affirment qu’un bon pet suffit à le repousser !
Repousser un kappa avec un pet, estampe humoristique de Tsukioka Yoshitoshi, 1881

Tromper le farceur : repousser un kappa avec un pet, par Tsukioka Yoshitoshi, 1881.

Les kappa dans le Japon moderne

Beaucoup de rivières affichent encore des panneaux « Attention aux kappa », à l’origine pour dissuader les enfants de se baigner seuls, aujourd’hui devenus des curiosités touristiques. Le kappa-maki, le maki au concombre, doit son nom à leur légume préféré, et un kappa sert de mascotte à la brasserie de saké Kizakura.

Shirafuji Genta regardant des kappa lutter, estampe yokai de Yoshitoshi
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Shirafuji Genta regardant des kappa lutter, Yoshitoshi

Vous vous souvenez de l’astuce du sumo ? Yoshitoshi montre des kappa en pleine lutte au bord de la rivière.

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Tsukumogami : quand les objets prennent vie

Tsukumogami, objets animés du rouleau Hyakki yagyō emaki, la parade nocturne des cent démons

Tsukumogami (付喪神) du Hyakki yagyō emaki (百鬼夜行絵巻), le rouleau illustré de la parade nocturne des cent démons.

Que sont les tsukumogami ?

Les tsukumogami sont des objets qui prennent vie après avoir existé pendant cent ans. Le mot associe tsukumo, qui peut aussi s’écrire 九十九, « quatre-vingt-dix-neuf », et kami (神), « divinité, esprit ». Derrière cette idée se trouve une croyance partagée par le bouddhisme et le shintō : toute chose possède une essence. Les objets utilisés avec soin développent une âme, tandis que ceux qu’on abandonne ou maltraite peuvent devenir rancuniers.

Les principaux tsukumogami

  • Kasa-obake (傘お化け), le parapluie : un vieux parapluie à un œil, avec une longue langue et une ou deux jambes, qui sautille pour effrayer les passants. Un farceur inoffensif.
  • Chōchin-obake (提灯お化け), la lanterne : une lanterne en papier dont la déchirure forme une bouche, avec une longue langue pendante, qui flotte dans les airs.
  • Bakezōri (化け草履), la sandale de paille : elle court partout la nuit en chantonnant, pour se venger d’avoir été négligée.
  • Biwa-bokuboku (琵琶牧々) et koto-furunushi (琴古主) : des instruments de musique qui jouent seuls, parfois pour ensorceler leurs auditeurs.
  • Kameosa (瓶長), la jarre de saké : une vieille jarre sur pattes, sympathique, qui porterait chance aux brasseurs.
Fantôme-lanterne, chōchin-obake, dans une estampe de kabuki

Fantôme-lanterne (chōchin-obake), estampe de Shunkōsai Hokuei.

Une leçon de sagesse

Les tsukumogami enseignent le respect des objets : ne pas gaspiller, réparer plutôt que remplacer, remercier les choses qui nous servent. Cette idée se retrouve dans le Hari-kuyō (針供養), la « fête des aiguilles » célébrée chaque année en février ou en décembre selon les régions. On y remercie les vieilles aiguilles à coudre pour leurs services en les plantant dans du tofu ou du konnyaku tendre, avant de s’en séparer avec respect. De quoi éviter qu’elles ne deviennent des tsukumogami rancuniers.

Yūrei : fantômes japonais et yōkai

Yūrei, fantôme japonais en kimono blanc sans jambes, rouleau Bakemono no e

Yūrei, rouleau Bakemono no e, Université Brigham Young.

Que sont les yūrei ?

Les yūrei (幽霊) sont les fantômes de personnes décédées qui ne parviennent pas à rejoindre l’au-delà. On les confond souvent avec les yōkai, mais ils s’en distinguent sur plusieurs points :

YūreiYōkai
OrigineHumains décédésJamais humains (créatures, esprits, objets transformés)
Raison d’êtreUne affaire inachevéeExistent naturellement dans le monde des esprits
ApparenceKimono blanc funéraire, longs cheveux noirsInfiniment variée
JambesSouvent absentes : ils flottentGénéralement présentes
Peut-on s’en libérer ?Oui, en apaisant leur rancuneNon, ils ne sont pas « maudits »

L’apparence classique des yūrei

Fixée par le théâtre kabuki et les estampes d’Edo, elle est devenue universelle : un kimono blanc funéraire (kyōkatabira), de longs cheveux noirs défaits qui cachent le visage, une peau blafarde, des mains qui pendent mollement, pas de pieds, et des hitodama (人魂), petites flammes bleutées, qui flottent autour d’eux. Le cinéma d’horreur japonais, de Ring à The Grudge, en a hérité directement.

Les types de yūrei

Onryō (怨霊), les fantômes vengeurs : ce sont les plus redoutables, morts en emportant une rancune tenace. Ils provoquent maladies, catastrophes et malédictions familiales. Parmi les plus célèbres : Oiwa, l’épouse trahie du Yotsuya kaidan ; Okiku, la servante assassinée qui compte sans fin des assiettes au fond d’un puits ; et Sugawara no Michizane, lettré exilé dont l’esprit fut apaisé en le divinisant sous le nom de Tenjin, dieu des études.

Ubume (産女), les mères fantômes : des femmes mortes en couches, qui apparaissent un bébé dans les bras et demandent aux passants de le tenir. Le bébé devient de plus en plus lourd, mais celui qui tient jusqu’à l’aube reçoit une force surnaturelle.

Funayūrei (船幽霊), les fantômes marins : les âmes des noyés, qui surgissent des flots en réclamant une louche pour remplir d’eau le bateau et le couler. La parade des marins : leur tendre une louche percée.

Zashiki-warashi (座敷童子), l’esprit enfant : ce n’est pas vraiment un yūrei, mais un petit esprit espiègle qui porte bonheur à la maison qu’il habite. S’il s’en va, la fortune de la famille part avec lui.

Des yōkai moins connus mais fascinants

Nurikabe (ぬりかべ), le mur invisible

Sur une route sombre, le voyageur avance… sans jamais progresser : un mur invisible lui barre le chemin, et il peut marcher sur place pendant des heures. La parade consiste à frapper le bas du « mur » avec un bâton pour le faire disparaître. Grâce à GeGeGe no Kitarō, le nurikabe est aujourd’hui représenté comme un grand mur blanc et débonnaire, avec des yeux et de petites jambes.

Makuragaeshi (枕返し), le retourneur d’oreillers

Il se glisse dans les chambres la nuit et déplace l’oreiller du dormeur, qui se réveille la tête au pied du lit. Souvent représenté comme un petit personnage, il incarne l’inquiétude liée au sommeil, ce moment où l’on est sans défense.

Betobeto-san (べとべとさん), les pas qui vous suivent

Invisible, il suit les promeneurs solitaires la nuit en faisant « beto, beto ». Pour s’en débarrasser, il suffit de s’écarter du chemin et de dire poliment : « Betobeto-san, osaki ni dōzo » (« Betobeto-san, passez devant, je vous en prie »). Les pas vous dépassent, puis s’éloignent.

Noppera-bō (のっぺら坊), le fantôme sans visage

Il ressemble à une personne ordinaire, jusqu’au moment où il se retourne : à la place du visage, une peau lisse, sans yeux, sans nez ni bouche. Dans le récit le plus célèbre, le voyageur terrifié s’enfuit, trouve refuge auprès d’un marchand de nouilles… qui lui aussi passe la main sur son visage et le rend lisse. Le noppera-bō ne fait aucun mal : il se contente de terrifier.

Ame-onna (雨女), la femme de la pluie

Ce yōkai féminin fait tomber la pluie partout où il passe. Aujourd’hui, on qualifie en riant d’ame-onna une personne qui semble attirer le mauvais temps à chaque sortie, et son contraire d’hare-otoko (晴れ男), « l’homme du beau temps ».

Gashadokuro (がしゃどくろ), le squelette géant

Takiyasha la sorcière et le spectre squelette, triptyque d’Utagawa Kuniyoshi, vers 1844

Takiyasha la sorcière et le spectre squelette, triptyque d’Utagawa Kuniyoshi, vers 1844.

Un squelette colossal, formé des ossements des victimes de famine et des soldats morts sans sépulture, qui erre la nuit en claquant des dents et arrache la tête des voyageurs attardés. Un bourdonnement dans les oreilles signalerait son approche. Fait peu connu : le nom de gashadokuro n’apparaît qu’au XXe siècle, dans les livres de yōkai des années 1960, largement inspiré par ce célèbre triptyque de Kuniyoshi.

Jorōgumo (絡新婦), la femme-araignée

Jorōgumo, yōkai araignée capable de prendre l’apparence d’une belle femme

Jorōgumo, la femme-araignée.

Une araignée qui, en vieillissant, acquiert le pouvoir de se transformer en femme d’une grande beauté. Elle attire les hommes dans sa demeure, parfois au son d’un biwa, les ligote dans sa soie et les dévore lentement. Son ombre, dit-on, trahit sa véritable nature.

La légende la plus célèbre se déroule à la cascade de Jōren, sur la péninsule d’Izu. Un bûcheron qui se repose au bord de l’eau sent des fils de soie s’enrouler autour de sa cheville. Méfiant, il les attache à une souche… qui est aussitôt arrachée et entraînée au fond de la cascade. Les manga et anime modernes en font souvent une figure tragique, un « monstre qui voulait être aimé ».

L’Araignée de terre de Tsukioka Yoshitoshi, estampe ukiyo-e du yokai tsuchigumo
Affiche à la une
L’Araignée de terre, Tsukioka Yoshitoshi

Le tsuchigumo, araignée monstrueuse vaincue par le héros Minamoto no Raikō.

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Kuchisake-onna (口裂け女), la femme à la bouche fendue

C’est une légende urbaine moderne, qui a provoqué une véritable panique au Japon en 1979. Une belle femme portant un masque chirurgical aborde un enfant et lui demande : « Watashi, kirei ? » (« Suis-je belle ? »). S’il répond non, elle le tue avec ses ciseaux. S’il répond oui, elle retire son masque, révèle une bouche fendue d’une oreille à l’autre, et répète : « Kore demo ? » (« Et comme ça ? »). Un nouveau oui, et elle lui taille la même bouche.

Pour lui échapper, la rumeur recommandait de répondre qu’elle était « moyenne », de lui jeter des bonbons qu’elle s’arrêterait pour ramasser, ou de prononcer trois fois le mot « pommade », dont elle détesterait l’odeur. En 1979, des écoles ont raccompagné les élèves en groupe et la police a renforcé ses patrouilles, alors qu’aucune agression n’a jamais été confirmée.

Les yōkai dans la culture moderne : anime, jeux et au-delà

Le studio Ghibli

Le Voyage de Chihiro (2001) est l’un des plus grands succès de l’histoire de l’animation, et un véritable défilé d’esprits : le Sans-Visage (Kaonashi), création originale de Miyazaki ; Yubaba, inspirée de la sorcière des montagnes (yama-uba) ; Kamaji, l’homme aux six bras qui évoque le tsuchigumo ; l’esprit du radis ou encore le dieu de la rivière pollué. Princesse Mononoké (1997) met en scène les kodama, esprits des arbres, et de grands dieux animaux, tandis que Pompoko (1994) raconte la résistance de tanuki métamorphes face à l’urbanisation.

Les jeux vidéo

  • Pokémon puise largement dans le folklore : Feunard s’inspire du renard à neuf queues, Momartik de la yuki-onna, Branette des objets hantés.
  • Yo-kai Watch (2013) fait de la collection de yōkai son principe même, avec des centaines de créatures inspirées de la tradition.
  • Ōkami (2006) fait incarner la déesse Amaterasu dans un Japon mythologique au style inspiré de l’estampe, et Nioh (2017) oppose le joueur à des yōkai célèbres.

Manga et anime

  • GeGeGe no Kitarō de Shigeru Mizuki, l’œuvre yōkai la plus influente du XXe siècle, publiée en France sous le titre Kitaro le repoussant. Mizuki a aussi reçu le prix du meilleur album au festival d’Angoulême 2007 pour NonNonBâ, souvenirs d’enfance peuplés de yōkai.
  • Le Pacte des yōkai (Natsume Yūjin-chō) : un lycéen hérite d’un carnet contenant les noms de centaines de yōkai. Un récit doux et mélancolique.
  • Mushishi : des créatures primitives proches des yōkai, dans une atmosphère contemplative.
  • Toilet-Bound Hanako-kun et Dandadan mêlent yōkai traditionnels, légendes urbaines et action survoltée.

En Occident

Kitsune, oni et masques hannya comptent parmi les motifs les plus demandés chez les tatoueurs, souvent dans le style traditionnel irezumi. Les yōkai s’affichent aussi sur les vêtements des marques de streetwear japonaises et occidentales, et inspirent une nouvelle génération de romans de fantasy.

Comment se protéger des yōkai

Les protections traditionnelles

  • Le sel (塩, shio) : symbole de pureté dans le shintō, on le dispose en petits cônes à l’entrée des maisons et des restaurants, et les lutteurs de sumo en jettent sur le ring avant chaque combat.
  • Les ofuda (御札) : ces talismans de papier, obtenus dans les sanctuaires, s’accrochent au-dessus des portes et se renouvellent chaque année.
  • Les omamori (お守り) : petits sachets de brocart contenant une prière, à garder sur soi pour la santé, la sécurité ou l’amour.
  • Les sutras : la récitation du Sūtra du cœur (般若心経) passe pour l’une des protections les plus puissantes contre les esprits.
  • Les lames : on posait autrefois un petit sabre, le mamori-gatana, sur le corps d’un défunt pour éloigner les esprits malveillants.
  • Les miroirs : objets sacrés du shintō, ils sont réputés révéler la véritable nature des êtres.
  • Les chiens : ils flairent les kitsune déguisés, et les figurines de chiens (inu-hariko) protègent traditionnellement les enfants.

Les superstitions à respecter

  • Ne sifflez pas la nuit : cela attirerait les serpents et les esprits.
  • Ne vous coupez pas les ongles après la tombée de la nuit.
  • Si quelqu’un vous appelle une seule fois dans l’obscurité, ne répondez pas : selon une étymologie populaire, c’est pour prouver qu’on n’est pas un yōkai qu’on dit « moshi moshi » au téléphone, car les esprits ne sauraient pas répéter le mot.
  • Respectez la nature, remerciez vos objets avant de vous en séparer, et gardez votre maison propre : l’akaname, le « lécheur de crasse », adore les salles de bains sales.

Ce que la science explique

Beaucoup de phénomènes attribués aux yōkai ont aujourd’hui une explication rationnelle. Les feux de renard (kitsune-bi) correspondent vraisemblablement à des feux follets, gaz des marais qui s’enflamment spontanément. La paralysie du sommeil, appelée kanashibari (金縛り) au Japon, explique bien des visites nocturnes. Et les craquements des vieilles maisons, attribués au yanari, tiennent surtout au bois qui travaille. Mais même sans y croire, suivre ces traditions entretient le respect de la nature, des objets et des autres.

Le bestiaire des yōkai de A à Z

Voici un tour d’horizon des principaux yōkai, du plus célèbre au plus étrange. Pour ceux qui ont déjà leur section dans ce guide, suivez le lien.

A

Abumi-guchi (鐙口) : l’étrier d’un cavalier mort au combat, devenu une petite créature poilue qui attend fidèlement le retour de son maître.

Abura-akago (油赤子) : un enfant-flamme qui s’introduit dans les maisons pour lécher l’huile des lampes.

Akaname (垢嘗) : le « lécheur de crasse », qui vient la nuit nettoyer à coups de langue les bains mal entretenus.

Amanojaku (天邪鬼) : un petit démon qui lit dans les pensées et pousse les gens à faire le contraire de ce qu’ils souhaitent.

Ame-onna (雨女) : la femme de la pluie. Voir plus haut.

Aobōzu (青坊主) : un moine à la peau bleue et à l’œil unique, qui hante les maisons vides et les champs d’orge.

B

Bakeneko (化け猫) : un chat devenu yōkai en vieillissant. Il se tient debout, danse, parle et peut prendre forme humaine.

Baku (獏) : une chimère à trompe d’éléphant qui dévore les cauchemars. On l’invoque avant de s’endormir pour passer une bonne nuit.

Betobeto-san (べとべとさん) : les pas invisibles qui vous suivent la nuit. Voir plus haut.

Binbōgami (貧乏神) : le dieu de la pauvreté, qui s’installe dans les maisons et ruine leurs occupants.

Biwa-bokuboku (琵琶牧々) : le luth qui joue seul. Voir les tsukumogami.

C

Chōchin-obake (提灯お化け) : la lanterne hantée. Voir les tsukumogami.

D

Daidarabotchi (ダイダラボッチ) : un géant si immense qu’il aurait façonné des montagnes et creusé des lacs de ses propres mains.

Dorotabō (泥田坊) : un vieillard à un œil qui surgit des rizières abandonnées en criant « Rendez-moi mes champs ! ».

F

Funayūrei (船幽霊) : les fantômes des noyés. Voir les yūrei.

Futakuchi-onna (二口女) : une femme dotée d’une seconde bouche à l’arrière du crâne, cachée sous ses cheveux, qui dévore la nourriture en secret.

G

Gashadokuro (がしゃどくろ) : le squelette géant. Voir plus haut.

Goryō (御霊) : les esprits vengeurs de nobles morts injustement. C’est pour les apaiser qu’est née, au IXe siècle, la fête qui deviendra le célèbre Gion matsuri de Kyoto.

H

Hannya (般若) : le masque de femme démon du théâtre nō, aux cornes et au sourire terrifiant. Voir les oni.

Haradashi (腹出し) : un yōkai comique au visage dessiné sur le ventre.

Hitotsume-kozō (一つ目小僧) : un petit bonze chauve à l’œil unique, qui aime surprendre les gens sans leur faire de mal.

Hyōsube (ひょうすべ) : un cousin poilu du kappa, originaire de Kyūshū, qui raffole des aubergines et dont le rire est contagieux… et dangereux.

I

Ikiryō (生霊) : l’esprit d’une personne vivante qui quitte son corps sous l’effet de la jalousie ou de la haine. Dans Le Dit du Genji, celui de la dame Rokujō tourmente ses rivales.

Inugami (犬神) : un esprit-chien attaché au service de certaines familles, réputé aussi puissant que redoutable.

Itsumade (以津真天) : un oiseau monstrueux qui tournoie au-dessus des morts laissés sans sépulture en criant « Itsu made ? » (« Jusqu’à quand ? »).

J

Jorōgumo (絡新婦) : la femme-araignée. Voir plus haut.

Jubokko (樹木子) : un arbre qui pousse sur les anciens champs de bataille et se nourrit du sang des passants.

K

Kamaitachi (鎌鼬) : un trio de belettes du vent. La première renverse sa victime, la deuxième l’entaille, la troisième soigne aussitôt la plaie, qui reste indolore.

Kappa (河童) : le farceur des rivières. Voir la section kappa.

Kasa-obake (傘お化け) : le parapluie à un œil. Voir les tsukumogami.

Keukegen (毛羽毛現) : une petite boule de poils qui vit dans les recoins humides des maisons et apporte la maladie.

Kitsune (狐) : l’esprit-renard. Voir la section kitsune.

Kodama (木霊) : l’esprit qui habite les vieux arbres, et qui renvoie l’écho dans les montagnes. Abattre un arbre habité porte malheur.

Konaki-jiji (子泣き爺) : un vieillard qui pleure comme un nourrisson au bord des chemins. Celui qui le prend dans ses bras le sent devenir lourd comme une pierre.

Kuchisake-onna (口裂け女) : la femme à la bouche fendue. Voir plus haut.

M

Makuragaeshi (枕返し) : le retourneur d’oreillers. Voir plus haut.

Mikoshi-nyūdō (見越し入道) : un moine qui grandit à mesure qu’on lève les yeux vers lui. Pour le faire disparaître, il faut lui lancer « Mikoshita ! » (« Je t’ai vu venir ! »).

Mujina (狢) : un blaireau métamorphe qui prend volontiers l’apparence d’un noppera-bō, comme dans le célèbre récit de Lafcadio Hearn.

N

Namazu (鯰) : le poisson-chat géant qui vit sous le Japon et provoque les séismes en s’agitant. Seul le dieu Kashima parvient à le maintenir immobile.

Nekomata (猫又) : un chat très âgé à la queue fourchue, plus puissant encore que le bakeneko.

Ningyo (人魚) : un poisson à visage humain. Manger sa chair offrirait une longévité extraordinaire : la légende de la nonne Yao Bikuni, qui aurait vécu 800 ans, en est née.

Nobusuma (野衾) : une créature volante, proche de l’écureuil volant, qui fond sur le visage des voyageurs dans la nuit.

Noppera-bō (のっぺら坊) : le fantôme sans visage. Voir plus haut.

Nue (鵺) : une chimère à tête de singe, corps de tanuki, pattes de tigre et queue de serpent, abattue d’une flèche par le guerrier Minamoto no Yorimasa au-dessus du palais impérial.

Nure-onna (濡女) : une créature à tête de femme et corps de serpent, qui guette les pêcheurs sur les rivages.

Nurikabe (ぬりかべ) : le mur invisible. Voir plus haut.

O

Obariyon (おばりよん) : un yōkai qui saute sur le dos des passants en réclamant d’être porté, et devient de plus en plus lourd.

Ōkubi (大首) : une tête gigantesque qui apparaît dans le ciel nocturne.

Oni (鬼) : le démon japonais. Voir la section oni.

R

Raijū (雷獣) : la bête du tonnerre, un animal fait d’éclairs qui tombe du ciel avec la foudre.

Rokurokubi (ろくろ首) : une femme en apparence ordinaire dont le cou s’allonge démesurément pendant son sommeil.

S

Samebito (鮫人) : un homme-requin dont les larmes se changent en pierres précieuses.

Satori (覚) : un singe des montagnes qui lit dans les pensées. On ne peut le déjouer que par un acte imprévu, qu’il n’a pas pu deviner.

Shikigami (式神) : les esprits invoqués et commandés par les maîtres de l’onmyōdō, comme Abe no Seimei.

Shirime (尻目) : un homme qui baisse son pantalon devant les passants pour leur montrer… un œil à la place de l’anus.

Shiro-uneri (白溶裔) : un vieux chiffon oublié, devenu une créature serpentine qui s’enroule autour des gens.

Shōjō (猩々) : des esprits marins au visage rouge et à la chevelure flamboyante, grands amateurs de saké.

Shuten-dōji (酒呑童子) : le roi des oni. Voir les Trois Grands.

T

Tamamo-no-Mae (玉藻前) : la renarde à neuf queues. Voir les Trois Grands.

Tanuki (狸) : le chien viverrin métamorphe, jovial et farceur, qui tambourine sur son gros ventre. Ses statues souriantes accueillent les clients devant de nombreux restaurants.

Teke-teke (テケテケ) : une légende urbaine moderne. Coupée en deux par un train, une jeune fille se traîne sur les coudes en faisant « teke-teke ».

Tengu (天狗) : le gardien des montagnes. Voir la section tengu.

Tesso (鉄鼠) : le moine Raigō, mort de rage, se serait changé en rat géant à la tête d’une armée de rats, qui ravagea les sutras du temple Enryaku-ji.

Tsuchigumo (土蜘蛛) : l’araignée géante vaincue par Minamoto no Raikō, immortalisée par l’estampe de Yoshitoshi.

Tsukumogami (付喪神) : les objets animés. Voir la section tsukumogami.

Tsurube-otoshi (釣瓶落とし) : une tête géante qui se laisse tomber du haut des arbres sur les passants.

U

Ubume (産女) : la mère fantôme. Voir les yūrei.

Umi-bōzu (海坊主) : un géant noir qui surgit des flots par temps calme pour chavirer les bateaux. On s’en protège en lui tendant un tonneau sans fond.

Ungaikyō (雲外鏡) : un vieux miroir qui révèle la véritable nature de ceux qui s’y regardent.

Ushi-oni (牛鬼) : un monstre à tête de taureau et corps d’araignée, qui hante les côtes de l’ouest du Japon.

W

Wani (和邇) : un monstre marin légendaire. Dans le Kojiki, le lièvre blanc d’Inaba traverse la mer en sautant sur leur dos, après les avoir dupés.

Wanyūdō (輪入道) : une roue de charrette en flammes au visage de moine, qui dévore l’âme de ceux qui osent la regarder.

Y

Yama-uba (山姥) : la sorcière des montagnes, ogresse redoutable, mais qui aurait élevé le héros Kintarō.

Yanari (家鳴) : de petits esprits qui font craquer et trembler les maisons la nuit.

Yatagarasu (八咫烏) : le corbeau à trois pattes qui guida le légendaire empereur Jinmu. Il est aujourd’hui l’emblème de l’équipe du Japon de football.

Yuki-onna (雪女) : la femme des neiges, d’une beauté glaciale, qui fige les voyageurs perdus dans la tempête. Lafcadio Hearn en a fait l’un des récits les plus célèbres de Kwaidan.

Yūrei (幽霊) : le fantôme japonais. Voir la section yūrei.

Z

Zashiki-warashi (座敷童子) : l’esprit enfant porte-bonheur. Voir plus haut.

Zunbera-bō (ずんべら坊) : une variante du noppera-bō, lui aussi dépourvu de visage.

Des yōkai sur vos mursAraignée de terre, kitsune, kappa, tengu et démons : les créatures de ce bestiaire, vues par les maîtres de l’estampe.
Voir les affiches yokai →

Pourquoi les yōkai comptent encore aujourd’hui

Pourquoi ces créatures ont-elles survécu à la modernisation, à l’électricité et à la science ? Parce qu’elles ont toujours rempli bien plus qu’un rôle de croque-mitaine.

Les yōkai donnent un visage à l’inexplicable : le bruit dans la maison vide, le chemin qui semble ne jamais finir, la maladie soudaine. Ils transmettent des leçons : ne pas s’approcher seul de la rivière, respecter les objets, ne pas céder à la jalousie. Ils aident aussi à traverser les catastrophes, du namazu responsable des séismes à l’amabie, un yōkai protecteur des épidémies redevenu viral pendant la pandémie de Covid-19. Enfin, ils relient les gens à la nature : chaque arbre, chaque rivière, chaque montagne peut abriter un esprit.

Le folkloriste Yanagita Kunio, père des études folkloriques japonaises avec ses Récits de Tōno (1910), l’avait compris : les yōkai racontent l’histoire intime d’un peuple, ses peurs, ses espoirs et son rapport au monde invisible. Aujourd’hui, on peut les retrouver le long de la Mizuki Shigeru Road à Sakaiminato, bordée de plus de 170 statues de bronze, ou au musée des yōkai de Miyoshi, près d’Hiroshima.

La prochaine fois que vous entendrez des pas derrière vous sans voir personne, que votre parapluie semblera vous regarder de travers ou que la pluie tombera sous le soleil, souvenez-vous : vous n’êtes peut-être pas seul. Et au cas où, restez poli.

Pour aller plus loin

Livres

  • Shigeru Mizuki, Kitaro le repoussant et NonNonBâ (éditions Cornélius) : les manga fondateurs du renouveau des yōkai.
  • Lafcadio Hearn, Kwaidan : les grands récits de fantômes japonais, dont ceux de la yuki-onna et du mujina.
  • Michael Dylan Foster, The Book of Yōkai (en anglais) : la référence universitaire la plus accessible.
  • Matthew Meyer, The Night Parade of One Hundred Demons (en anglais) : un bestiaire illustré moderne.
  • Toriyama Sekien, Japandemonium Illustrated (en anglais) : la traduction intégrale de ses célèbres bestiaires d’Edo.

En ligne

  • yokai.com : l’encyclopédie illustrée de Matthew Meyer, en anglais.
  • La base de données des yōkai du Nichibunken (Centre international de recherche sur les études japonaises), pour les chercheurs.
  • Village of Strange, notre blog consacré aux bestiaires et aux légendes étranges.

Sur Wallango

Découvrez les artistes qui ont donné vie aux yōkai : Utagawa Kuniyoshi, Katsushika Hokusai et Kawanabe Kyosai, ainsi que toute notre sélection d’estampes japonaises.

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