Scènes hivernales du Japon : les estampes enneigées de Hasui Kawase
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Aucun artiste n'a saisi la neige japonaise comme Kawase Hasui (1883-1957). Il dessine sa première estampe de neige tombante en 1920 et, pendant près de quarante ans, la neige reste l'un de ses sujets de prédilection : temples étouffés sous le blanc, promeneurs solitaires sous leur ombrelle de papier, lanternes qui percent la tempête. Voici onze de ses plus belles scènes d'hiver, les lieux qui les ont inspirées, et la dernière estampe à laquelle il a travaillé avant sa mort.
Vous découvrez l'artiste ? Commencez par notre biographie de Kawase Hasui, le maître de la lumière, ou parcourez nos affiches Kawase Hasui.
Pourquoi la neige ? Le leitmotiv hivernal de Hasui
La neige réunit tout ce que Hasui aimait : le silence, les formes simplifiées, la lumière subtile. Sous la neige, une rue animée devient une simple ligne de toits, un temple une silhouette sombre sur un ciel pâle. Pour les graveurs et imprimeurs de son éditeur Watanabe Shōzaburō, ces scènes étaient aussi un défi technique : les flocons sont souvent laissés en réserve sur le papier ou ajoutés par de minuscules touches de pigment blanc, tandis que de délicats dégradés de gris et de bleu suggèrent l'air froid. (Découvrez comment ces estampes étaient fabriquées dans Comment naît une estampe de Kawase Hasui.)
1. Le temple Tennō-ji à Osaka (Osaka Tennōji)

Le Shitennō-ji (四天王寺), « temple des Quatre Rois célestes », est souvent considéré comme le premier temple bouddhiste officiellement administré du Japon. Il fut fondé au VIe siècle par le prince Shōtoku, alors que le bouddhisme était encore nouveau dans l'archipel. Le complexe a été reconstruit à de nombreuses reprises, la dernière fois en 1963. Dans l'estampe de Hasui, une silhouette solitaire sous son ombrelle traverse la cour enneigée en laissant une trace de pas.
2. Le temple Zōjō-ji à Shiba (Shiba Zōjōji)

L'estampe la plus célèbre de Hasui, issue de la série Vingt vues de Tokyo. Une femme se penche sous son ombrelle devant la porte vermillon du Zōjō-ji, temple principal de l'école Jōdo dans la région du Kantō et lieu de sépulture de six shoguns Tokugawa. Sa porte principale, la Sangedatsumon (1622), est la plus ancienne construction en bois de Tokyo. Clin d'œil du destin : Hasui est né dans ce même quartier de Shiba.
3. Le temple Saishō-in à Hirosaki (Hirosaki Saishōin)

À l'extrême nord de Honshū, Hirosaki reçoit parmi les plus fortes chutes de neige du Japon. Le Saishō-in est réputé pour sa pagode à cinq étages, bâtie au XVIIe siècle et l'une des plus septentrionales du pays. Hasui détache ses toits sombres et superposés sur une neige dense.
4. Le temple Honmon-ji à Ikegami (Ikegami Honmonji)

Ce temple de l'école Nichiren, au sud de Tokyo, s'élève là où le moine Nichiren mourut en 1282. Son enseignement est à l'origine du bouddhisme de Nichiren, une branche du bouddhisme Mahāyāna. Ikegami est voisin de Magome, où Hasui vécut et travailla une grande partie de sa vie.
5. Neige au parc Shiba (Shiba kōen no yuki)

Retour à Shiba, dans le parc qui entoure le Zōjō-ji. Hasui revint sans cesse dans le quartier de son enfance, et ce n'est pas un hasard si deux de ses plus belles scènes de neige s'y déroulent.
→ Voir l'affiche du parc Shiba
6. Le pont Yakumo au sanctuaire Nagata de Kobe (Kōbe Nagata jinja Yakumobashi)

Situé dans l'arrondissement de Nagata, à Kobe, ce sanctuaire shinto est dédié à Kotoshironushi-no-Ōkami. Selon la légende, il fut fondé par l'impératrice Jingū, en même temps que le sanctuaire Hirota, au début du IIIe siècle ; il a fêté ses 1 800 ans en 2001. La neige est rare à Kobe, ce qui rend cette scène d'autant plus précieuse.
7. Le hameau de Hataori à Shiobara (Shiobara Hataori)

Hataori est un petit village de la préfecture de Tochigi où Hasui passa une partie de son enfance, et où il se réfugia pendant la Seconde Guerre mondiale. Le blizzard masque presque la vue, mais une lueur chaleureuse s'échappe des maisons : un bel exemple du style romantique de ses débuts.
8. Neige à Mukōjima (Yuki no Mukōjima)

Sur la rive est de la Sumida, Mukōjima était à l'époque d'Edo un lieu de promenade saisonnière, des cerisiers en fleurs à la contemplation de la neige. Hasui reprend ce thème classique de l'estampe avec son propre sens de l'atmosphère.
9. Neige du soir sur la rivière Edo (Kure no yuki, Edogawa)

La rivière Edo (Edogawa) longe la limite est de Tokyo. Au crépuscule, la neige qui tombe fond la berge et les barques dans un monde doux, gris-bleu : l'une des plus poétiques études de lumière déclinante de Hasui.
10. Neige au sanctuaire Nezu Gongen (Nezu gongen no yuki)

Le sanctuaire Nezu, dans l'arrondissement de Bunkyō, est l'un des plus anciens de Tokyo. Ses bâtiments actuels, achevés au début du XVIIIe siècle dans le style ishi-no-ma-zukuri que l'on retrouve au Tōshō-gū de Nikkō, comptent plusieurs Biens culturels importants.
11. Shinkawabata à Handa, province d'Owari (Bishū Handa Shinkawabata)

Handa, dans l'actuelle préfecture d'Aichi, s'est enrichie grâce à ses brasseries : entrepôts de saké et de vinaigre bordent son canal. Hasui montre le quai sous la neige, les murs noirs des entrepôts tranchant sur le blanc.
Son ultime œuvre : le pavillon d'or d'Hiraizumi (Hiraizumi Konjikidō)

La dernière estampe de Hasui est, comme il se doit, une scène de neige. Elle montre le Konjikidō, le pavillon d'or du temple Chūson-ji à Hiraizumi, avec un moine gravissant le chemin enneigé. Déjà malade, Hasui commence la peinture originale en 1955 et achève le dessin peu avant sa mort, en 1957 ; l'estampe est publiée à titre posthume. Les Japonais appellent cette ultime œuvre le zeppitsu, « le dernier pinceau ».
→ Voir l'affiche Hiraizumi Konjikidō
D'autres estampes de neige de Hasui
- Neige au sanctuaire Hie
- Neige de printemps au temple Kiyomizu
- Neige sur la rivière Edo (version bleue)
Décorer avec les scènes d'hiver de Hasui
Les estampes de neige apaisent une pièce. Leur palette froide d'indigo, de gris et de blanc s'accorde parfaitement avec le bois clair, le lin et les murs blancs, dans une chambre, un coin lecture ou une entrée. Quelques idées :
- Un trio : Zōjō-ji, Tennō-ji et la rivière Edo fonctionnent très bien ensemble, avec le même cadre et le même espacement.
- Une rotation saisonnière : accrochez une scène de neige de décembre à février, puis remplacez-la par une vue de printemps ou de nuit.
- Un large passe-partout blanc et un cadre fin, noir ou bois naturel, rappellent le goût japonais pour la sobriété.