Gustave Doré — L'homme qui a illustré l'infini (1832–1883)

L'illustrateur de l'éternité

En 1861, un jeune artiste français de 29 ans publiait une édition illustrée de l'Enfer de Dante qui stoppa net Paris. Les images ne ressemblaient à rien dans la tradition de l'illustration littéraire : des compositions vastes, sombres, architecturalement complexes dans lesquelles l'échelle des figures humaines dans le paysage de l'enfer transmettait la terreur sublime du texte de Dante avec une immédiateté qu'aucun artiste précédent n'avait atteinte.

L'artiste était Gustave Doré, et l'Enfer était le début d'une carrière éditoriale qui allait faire de lui l'illustrateur le plus reproduit du XIXe siècle. Il allait ensuite illustrer Don Quichotte, Roland furieux, les œuvres de Rabelais, les Fables de La Fontaine, la Bible, le Paradis perdu et des dizaines d'autres textes canoniques — chacun abordé avec la même combinaison de virtuosité technique, d'imagination picturale et d'échelle physique pure qui rendait son œuvre simultanément populaire et formidable sur le plan critique.


Un prodige de Strasbourg

Doré naquit à Strasbourg en 1832 et dessinait des caricatures publiables à l'âge de 15 ans. À 22 ans, il avait publié des éditions illustrées de Rabelais et de Balzac. À 30 ans, il était l'illustrateur commercialement le plus prospère d'Europe, dirigeant un atelier de plus de 40 graveurs qui traduisaient ses dessins en gravures sur bois pour la reproduction de masse.

Il était une anomalie dans le monde de l'art français de sa période : un artiste populaire qui était aussi, manifestement, un grand artiste. L'Académie des Beaux-Arts refusait d'exposer ses peintures — il était trop commercial, trop illustratif, trop gothique pour leur goût. Le public n'était pas d'accord, tant en France qu'en Grande-Bretagne : sa galerie londonienne attira 2,5 millions de visiteurs au cours de la décennie où elle fut ouverte.


La technique

Doré travaillait au crayon et à l'encre, produisant des dessins qui étaient ensuite transférés sur des blocs de bois et gravés par son équipe de tailleurs sous sa supervision. Le défi technique était extraordinaire : traduire la gamme tonale de ses dessins — des noirs les plus profonds aux gris les plus délicats — dans un médium qui ne fonctionnait qu'en noir et blanc, par la densité et la direction des lignes taillées.

Le résultat était une gamme tonale et une profondeur atmosphérique dans la gravure sur bois qui n'avaient jamais été atteintes auparavant. Ses scènes nocturnes, ses vastes espaces architecturaux, ses foules de personnages se réduisant en perspective lointaine — ce sont des problèmes compositionnels d'une grande complexité, résolus avec une cohérence qui reflète à la fois son propre génie et le talent de ses graveurs.


Collections et héritage

Les dessins et peintures originaux de Doré sont conservés au Musée d'Art Moderne et Contemporain de Strasbourg, à la Bibliothèque nationale de France, au Victoria and Albert Museum, à la Tate Britain et dans de nombreuses collections privées dans le monde. Ses éditions illustrées sont restées en impression, continuellement, depuis leur première publication — l'Enfer, la Bible, Don Quichotte et le Paradis perdu sont tous disponibles aujourd'hui, avec ses images comme standard.


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